8 Jan. 1667.
Ayant fait souder par un bout chascune des moitiez du canon de mousquet1) qu'on avoit fait couper pour experimenter la force de la gelee2), je pris premierement la moitie la moins grosse3), que je remplis d'eau, et pour la bien fermer4) j'enveloppay la vis d'une feuille de plomb devant que la faire entrer, et l'ayant apres tournee avec force, je jettay du plomb fondu par dessus. J'exposay ce canon ainsi bouchè a l'air a 9 heures du soir, et quoyque 2 heures apres, y ayant regardè, je trouvasse quelque goute d'eau gelée, qui sembloit sortie par l'endroit de la vis, je le laissay pourtant ne scachant pas comment le fermer plus juste. A une heure de la nuit il estoit encore entier. Le matin vers les 7 heures estant au lict, je l'entendis crever faisant un coup assez fort, mais non pas comparable à celuy d'un pistolet quand on tire avec de la poudre. Je remarquay aussi que le chassis de ma fenestre contre le quel le canon estoit couchè par dehors, fut fortement poussè par ce coup, ce qui peut estre en augmenta le son.
M'estant levè pour veoir en quel estat estoit le canon j'y trouvay une crevasse de 4 pouces vers le bout le plus menu5), par la quelle quoyqu'elle ne fut guere ouverte, il estoit sorti de la glace, pendant la demie heure qui s'estoit passee depuis que j'eus entendu le coup. Ayant ostè le plomb a coup de marteau, et ouvert la vis, je tiray un cylindre de glace hors du canon, qui avoit beaucoup de petites bulles dans le milieu vers l'axe, et le reste fort clair et transparent.
Le soir ensuivant a minuit j'exposay a l'air l'autre moitie du canon qui estoit beau-