Oeuvres complètes. Tome XXII. Supplément à la correspondance. Varia. Biographie. Catalogue de vente


auteur: Christiaan Huygens


bron: Christiaan Huygens, Oeuvres complètes. Tome XXII. Supplément à la correspondance. Varia. Biographie. Catalogue de vente (ed. J.A. Vollgraff). Martinus Nijhoff, Den Haag 1950


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§ 5. Séjour et travaux à Paris de juillet 1678 à août 1681.

En arrivant à Paris Huygens était en bonne santé. L'excursion à Breda du mois d'avril avait été faite à cheval1). Néanmoins il était à craindre qu'il aurait encore à souffrir de maladies ou d'indispositions. Il y en eut en effet plusieurs déjà avant 1681; nous ne croyons pas devoir entrer dans les détails. Sa famille jugea à bon droit qu'il avait besoin d'une ménagère qui pût aussi le soigner lorsqu'il se porterait moins bien. Cette gouvernante fut une demoiselle la Cour, ancienne béguine, de Leiden. Désormais il n'était donc plus seul à table. Elle le soignait bien et comme, en ces années, les lettres de la soeur Suzanne à Christiaan sont conservées, nous constatons qu'elle était aussi en correspondance directe avec Mlle la Cour et envoyait régulièrement des provisions.

Le père Constantyn avait écrit en avril au stadhouder pour lui demander un passeport pour Christiaan ‘bien entendu et tousiours sous cette reserue, si Votre Altesse n'a point de consideration au contraire sur ce que ce Garçon2) va se remettre parmi les enemis’3). La paix de Nymègue ne fut en effet signée que le 11 août et même après cette date il y eut encore, le 14 août, la grande bataille de St. Denis4). Constantyn souhaite ‘à tout ce monde acharné plus de sagesse’5).

 

Le frère Constantyn, reparti de la Haye en juillet pour rejoindre l'armée, écrivait vers la fin de ce mois, du camp de Vilvorden, avoir encore travaillé à la microscopie après le départ de Christiaan; il décrit sa manière de faire, de conserver et d'enchâsser les boulettes6).

Il a été fait mention plus haut7) des séances à l'Académie, du 16 et du 30 juillet, où Huygens montra le ‘nouveau microscope’, ‘son microscope’ capable de faire voir une infinité de petits animaux dans de l'eau de poivre.

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Dans l'article qui parut le 15 août dans le Journal des Scavans8) il est parlé du ‘microscope apporté de Hollande’.

Il est fort compréhensible que Hartsoeker fut d'avis que Huygens qui n'avait travaillé, et fait travailler, au microscope à boulette qu'après lui aurait bien pu le nommer. Le 29 août parut dans le Journal l'‘Extrait d'une lettre de M. Nicolas Hartsoeker écrite à l'Auteur du Journal touchant la maniere de faire les nouveaux Microscopes, dont il a esté parlé dans le Journal il y a quelques jours’, lequel cependant, d'après Hartsoeker, a été rédigé par Huygens. Hartsoeker a écrit un récit, lequel n'a été publié qu'après sa mort, de ce qui s'était passé entre lui, Huygens, et plusieurs autres personnes qu'il avait rencontrées à Paris9).

Ce dernier article contient une figure du microscope. Il y est dit que ce fut Hartsoeker qui réussit à réduire les boulettes à l'exiguïté requise et qui trouva ‘le moyen de modifier la lumiere qui rendoit la vision confuse’. On peut encore regretter que Leeuwenhoek n'est pas nommé, ni J. Ham: certains lecteurs ont pu considérer la découverte par Hartsoeker de ‘petits animaux qui ressemblent à des grenouilles naissantes, dans la semence du coq’ comme la première découverte de spermatozoïdes.

Nous avons publié dans le T. XXI10) une Pièce de Huygens de date incertaine qui contient des remarques sur la désirabilité d'une certaine sobriété de style dans le cas d'écrits destinés à être durables. Il y observe e.a. que Descartes cite rarement des noms d'auteurs, Galilée bien davantage; et qu'il est lui-même d'avis qu'il faut suivre une voie moyenne. On a pu remarquer dans le même Tome11) qu'au lieu de nommer Anaxagore il parle d'‘un philosophe ancien’, et d'un ‘imperator graecus’ au lieu de dire: Archidamos III, chef d'armée, roi de Sparte. Que dans le T. XVII il écrit: ‘celui à qui nous avons eu recours pour notre fabrication’ sans ajouter le nom: horloger S. Coster. Et dans le T. XVIII12) ‘vir uobilis è Scotia nobisque amicus’ sans ajouter: Alexandre Bruce, comte de Kincardine. C'est en partie une question de style. Il n'est pas nécessaire d'ennuyer le lecteur par trop de noms13). Mais dans le cas ici considéré

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il eût sans doute mieux valu faire de suite mention de Hartsoeker qui plus tard encore accusera Huygens de lui avoir ‘enlevé ses pensées’14). On continua d'ailleurs à Paris à apporter des modifications au microscope: voyez les figures vis-à-vis de la p. 113 du T. VIII, où Huygens dit que ce microscope de la dernière fabrique est dû à Roemer, Hartsoeker, et lui. Roemer présenta un modèle à l'Académie le 20 août15).

De juillet à décembre beaucoup d'observations de petits animaux - dans les notes nous parlons d'infusoires, de bactéries, etc. - furent faites16); on y rencontre les noms de Roemer, de Hartsoeker, de Thuret et en octobre de de la Hire qui venait d'être nommé membre17). Le frère Constantyn faisait à la Haye des observations semblables, peut-être moins nombreuses. Huygens fit quelques notes sur la manière d'observer18) probablement destinées à la ‘Dioptrique’, de même que d'autres petites Pièces19): voyez ce qui est dit dans le T. XIX20) sur une première copie du Traité de la Lumière (considéré comme partie d'un ouvrage plus grand). Nous avons remarqué ailleurs21) que Huygens est peut-être le premier microscopiste qui se soit aperçu des avantages que peut présenter l'éclairage à fond noir.

 

Après avoir traité le 13 août des lieux plans d'Apollonios22) Huygens proposa le 3 septembre un moyen pour ‘sauver a l'avenir les vaisseaux du danger de se briser contre terre’23). Ceci en considération du ‘malheur qui est arrivé depuis peu a la flotte du Roy sous M. le comte d'Estrée’.

Le comte Jean d'Estrée, ajoutons-nous, après avoir réussi en 1677 à conquérir l'île de Tabago sur les hollandais - en 1676 il avait déjà attaqué cette île - et hiverné à Martinique, partit le 7 mai 1678 pour nous enlever Curaçao. Mais, naviguant sans pilote, il perdit presque toute son escadre avant d'avoir atteint cette île: une douzaine de ses vaisseaux allèrent se briser, le 11 mai, sur des rochers à l'est de l'île Bonaire.

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Revenu en France il fut néanmoins créé maréchal à cause de la conquête de Tabago. Les hostilités ne furent pas reprises puisqu'en août, comme nous l'avons dit plus haut, la paix de Nymègue fut signée. Nous ne voyons pas que Huygens ait fait allusion au fait que ce malheur était tout à notre avantage. Des considérations de ce genre n'étaient pas de son département.

Selon lui il faudrait, pour augmenter la résistance à la houle, mettre quelques fortes poutres, tenant lieu de ressorts, sous la quille de chaque vaisseau. On en voit aussi les figures chez Gallon dans les ‘Machines et inventions approuvées par l'Académie Royale des Sciences’ de 1735. Nous n'avons pas trouvé qu'on se soit jamais servi de cette invention.

 

Dans les Varia du présent Tome on voit, vers le même temps, des projets de moteurs à poudre à canon destinés à élever de l'eau ou des fardeaux24), ainsi que quelques considérations sur l'idée de Terzi de Lana - idée que Huygens et d'autres avaient eue eux aussi - de s'élever en l'air au moyen de ballons ou ‘boules vuides d'air’25). De la Roque lui demanda si ce dernier sujet était à son avis une affaire de Journal26). Huygens semble avoir répondu par la négative, car le Journal n'a pas fait mention de Lana.

 

En cette année Huygens reprit, après une dizaine d'années, l'étude du magnétisme27). Il est bien convaincu maintenant que la matière des tourbillons magnétiques est moins subtile que celle qui fait la pesanteur. Il compare les tourbillons hypothétiques avec ceux qu'il voit réellement avec son microscope dans de l'urine et du jus de raisins. Au lieu des deux sluides magnétiques dont parle Descartes - nous l'avons déjà dit à la p. 646 - il n'en admet qu'un seul.

 

Le calcul des ‘Avantages du Banquier au jeu de la Bassette’ nous semble être plutôt de 1678 que de 1679 comme le dit le T. XIV28).

 

À nôter la figure d'un engrenage où entrent des lignes épicycloïdales (rotae

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Romeri ex descriptione epicyclicarum’); nous en avons donné l'explication dans le T. XVIII29). En décembre 1678 et aussi au mois de janvier suivant Huygens lut sur les ‘lignes épicycloides’30). Ceci en faisant mention de P. de Vaumesle, religieux de Normandie, qui avait fait des recherches sur ces lignes et lui en avait écrit. Une page sur la cycloïde ordinaire y fait suite31).

 

En 1678 furent nommés membres de l'Académie Jean Marchant, botaniste, et l'abbé de Lannion, géomètre. Voyez les p. 311 et 464 du T. VIII.

 

Nous avons reproduit dans le T. VIII le médaillon en marbre de Huygens par Jacques Clérion, datant de 1679, ainsi qu'une médaille portant cette date et faisant voir à l'envers le dieu, ainsi que la planète, Saturne; outre sa faux, le dieu du temps tient en main un pendule oscillant entre des lames cycloïdales.

 

Huygens prétend pouvoir faire lui-même sa médaille aussi bien que le sculpteur, du moins ‘en terre en grand’; elle ‘ressemble beaucoup mieux que celle de mon homme’32). En passant il vante la technique des sculpteurs anciens. Plus tard aussi, quand il sera question de comparer les anciens aux modernes, sujet qui intéressait les frères Perrault, nous le verrons porté à louer la sculpture antique33). Nous regrettons ne pas posséder la lettre de Huygens à Charles Perrault à laquelle celui-ci répondit le 8 juin 1679. On y voit e.a. que Ch. Perrault ne faisait pas grand cas d'Aristophane, d'Euripide, de Sophocle, de Théocrite et d'Anacréon (peut-être sans les connaître, puisqu'il voudrait les voir traduits); nous ignorons ce que Huygens lui avait écrit, à l'occasion d'une certaine publication de Perrault, sur ce sujet, si tant est qu'il avait émis une opinion sur ces poètes. Mais comme il cite quelques fois des poètes bucoliques grecs34), il appert que, ceux-là au moins, il les appréciait. Nous ne pouvons affirmer la même chose à propos d'Euripide et de Sophocle. Dans sa jeunesse35) il n'a

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apparemment pas fait connaissance avec leurs oeuvres. Il est vrai que dans le Catalogue de vente de sa riche bibliothèque nous rencontrons ‘Euripidis Tragoediae, gr. lat.’36). Nous y trouvons aussi Aristophane37) ainsi qu' Anacréon et Sappho38). En 1690 il écrira39): ‘De gloria artificum ut Apellis, Phidiae. Minor quam poetarum’. Un peu plus haut il avait nommé Homère40).

Puisque nous parlons d'art, nous pouvons dire encore une fois qu'il s'intéressait constamment, lui et son frère Constantyn, aux peintures, médailles etc. Il n'en était pas ainsi pour tous ses compatriotes sans exception. Nous le voyons mener, en juin 1679, un certain hollandais ‘considerè a la Bourse d'Amsterdam’ chez plusieurs peintres et collectionneurs d'oeuvres d'art en ajoutant qu'il veut encore continuer à le faire ‘à condition qu'il fasse au moins semblant de trouver beau ce qu'on luy monstre, car je le trouve un peu entier à nihil admirari’41). Nous croyons remarquer dans ces derniers mots une réminiscence quelque peu ironique au philosophe Bornius citant Horace42).

 

L'observation des micro-organismes - eux aussi admirables dans leur genre; comparez la citation grecque du père Constantyn à la p. 449 qui précède - continuait toujours. Huygens mentionne des observations de janvier, d'avril, de juin, de juillet et d'août 1679, et une de mars 168043). Il lut à l'Académie une lettre de Leeuwenhoek en mai 167944). Dans le même mois tant Picard que de la Hire parlèrent d'observations faites avec le nouveau microscope45). Huygens se demande si Leeuwenhoek, avec ses petites lentilles, a pu voir tout ce qu'il observait lui-même; il résulte des lettres du microscopiste de Delft tant à lui qu'à son père qu'on trouve dans notre T. VIII, que tel était en effet le cas.

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Vers ce temps l'Académie s'intéressa aussi au phosphore dont des échantillons furent envoyés d'Allemagne par Tschirnhaus et Leibniz46).

Nous ne voyons pas que Huygens ait montré à ses collègues sa mesure de la réfraction etc. d'un cristal de montmartrite47).

 

Du 13 mai au 22 juillet 1679 Huygens parla neuf ou dix fois sur ‘la Dioptrique’ ou plutôt sur la théorie de la lumière: il est dit qu'il lisait ‘la premiere partie de son traitté qui contient les raisons physiques de la réfraction et des phenomenes du cristal d'Islande’48). Tant pendant qu'après cette lecture, il confirmait encore sa théorie par des observations49). Le 3 novembre il écrit au frère Constantyn avoir ‘trouvè moyen de tailler et de polir le cristal ce qu'on croioit impossible’50).

À l'Académie on s'intéressait généralement à la lumière: déjà en mars 1679 de Carcavy avait proposé ‘de faire une optique entiere’ à laquelle il voulait que Mariotte, Picard et de la Hire travaillassent’ et le 19 juillet, avant que Huygens eût fini, Mariotte commença à lire son traité des couleurs qui devait voir le jour en 168151). Voyez sur des observations de Mariotte et de la Hire la p. 268 qui précède.

 

En août 1679 Huygens composa un ‘memoire pour servir a Monsr. Pellisson qui escrit l'Histoire du Roy’52); il y donne un aperçu en quelques pages des travaux de l'Académie, du moins de ceux qui l'intéressaient le plus. Il croit pouvoir affirmer qu'il est ‘receu presque par tous les philosophes d'aujourdhuy qu'il n'y a que le mouvement et la figure des corpuscules dont tout est composè qui produisent tous les effects admirables que nous voions dans la nature’. Nous y lisons aussi: ‘L'on est apres (et c'est un des plus considerables travaux a quoy l'observatoire doit servir) a faire une description nouvelle du ciel ou toutes les estoiles fixes soient mises exactement dans leurs places, qui est le fondement de toute l'astronomie’. C'est ce dont il avait parlé

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en 1667 et ce qu'il recommande encore en 1682, après son départ, à de la Hire, disant reconnaître ‘de plus en plus le besoin que l'Astronomie a de cette correction des lieux des estoiles qui sert de fondement a tout le reste’. Nous avons déjà cité ce passage de la lettre à de la Hire à la p. 13 du T. XXI dans un Avertissement voué en grande partie à la méthode proposée par Huygens pour déterminer exactement les positions des astres. En 1690 Huygens écrit, en parlant de la Hire: ‘Il fait ce que j'avais tousjours souhaité pour les fixes53)’.

 

Nous trouvons encore en 1680 un petit article sur l'équation du temps54), une observation de Saturne55) et une Pièce sur une certaine lunette renversable suspendue par deux filets dont Huygens propose de sceller les bouts d'enhaut ‘dans un mur qui soit disposè nord et zud, comme les costez des fenestres meridionales et septentrionales de l'observatoire’, ceci ‘pour observer les differences des ascensions droites des estoiles fixes’56).

 

L'Académie était toujours tenue de s'occuper des jardins etc. de Versailles. Il a été fait mention dans le T. XIX57) des expériences d'août 1679 faites à Versailles par Roemer, en présence de Picard et de Colbert, sur l'écoulement de l'eau par des ouvertures grandes ou petites. On y trouvera aussi le nom de Huygens. De ce temps date la construction de la ‘fontaine avec du vif argent’ qui, ajoute Huygens, peut également se faire avec de l'eau58). On voit de plus qu'il s'intéresse à la ‘barriere (et rouleaux) pratiquée à Versailles par Mr. Franchini et Perrault’59).

Des travaux de nivellage devaient être exécutés, à Versailles comme ailleurs. ‘Duo menses sunt ex quo Dominus Picartus et ego maximam temporis partem sumus Versaillis occupati libellationibus’, écrivait Roemer déjà en 167760). Rien d'étonnant à ce que Huygens se soit résolu à construire lui aussi un niveau, comme l'avaient fait e.a. tant Picard que Roemer61). Sa première Pièce sur ce sujet date du 14 août, il en fit une communication à l'Académie le 18 novembre62), et sa ‘Nouvelle invention

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d'un niveau à lunette qui porte sa preuve avec soy, etc.’63) parut dans le Journal des Sçavans en janvier 1680. Un deuxième article fut publié en février: ‘Demonstration de la justesse du niveau etc.’64). - Dans le T. XXI nous avons ajouté65) aux pièces se rapportant à ce sujet un appendice sur le niveau de Thévenot qui datait déjà de 1661 mais dont Huygens ne s'occupa qu'en 1692. - Dans une lettre à Leibniz de novembre 167966) il parle des avantages de son niveau ‘qui se rectifie et verifie d'une seule station, de sorte qu'a chaque observation on peut s'assurer d'avoir bien operè, ce qui n'est pas ainsi dans tous ceux qu'on a trouvè jusqu'icy, du moins avec des lunettes d'approche, comme est le mien’. En ce même mois de novembre Cassini montra aussi à l'Académie un niveau de son invention67). De la Hire écrira en 1686 que l'instrument de Huygens ‘est celuy de tous les niveaux qui est le plus en vogue’68).

 

Leibniz s'intéressait, en ce temps, outre au phosphore et à bien d'autres sujets, aux méthodes pour ‘puiser l'eau sousterraine qui empêche les travailleurs’ dans les mines du Harz69), sur lesquelles Huygens donne aussi, à sa demande, son avis. Mais le sujet principal dans les lettres de Leibniz de ces années, ce sont les nouvelles méthodes en mathématique. Voyez p.e. son ‘Exemplum ex nova mea tangentium methodo ductum’70) dont Huygens ne s'occupa que beaucoup plus tard71). Huygens est fort convaincu du progrès continuel des mathématiques; voyez p.e. ce qu'il écrit à S. de Fermat, fils du grand Fermat72) et dans le mémoire adressé à Pellisson73). La modestie dont il fait preuve dans la lettre à Fermat nous semble démontrer que ses communications de 1680 à l'Académie sur les équations solides et sur les points d'intersection des coniques dont les axes sont parallèles ou à angles droits74) n'ont pas dû lui paraître, en comparaison avec les vues de Leibniz, de fort grande importance, quoique de la

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Hire75) dise admirer sa méthode pour résoudre les équations solides et qu'il ait même la politesse d'ajouter qu'il fait plus d'estime de Huygens, ‘que de tous nos geometres tant anciens que modernes’76).

 

En juin 1679 Huygens proposa à l'Académie ‘une machine pour comprimer l'air jusque 8 ou 900 fois’77). Peut-être espérait-il qu'une si forte compression altérerait la nature de l'air. Voyez sur ce sujet les p. 339-341 du T. XIX. Il est incertain si les figures en crayon que nous avons reproduites en cet endroit, se rapportent à des expériences de compression78).

 

Le 25 mai 1680 ‘on a commencé a lire le traitté de l'aiman de Mr. Hugens’79), dont la lecture fut continuée le 1 juin. Nous avons publié ce traité au T. XIX80) tel qu'il se trouve dans le T. X des Registres. Il est suivi par quelques autres Pièces datant de 168081). Le fait que Huygens pouvait se servir pour ses expériences d'un aimant de Carcavy nous amène à supposer qu'il n'était plus aussi mal avec ce collègue qu'il l'avait été jadis quoique dans ses lettres nous ne trouvions aucun indice d'une réconciliation.

 

Autre expérience de physique: à Chantilly Huygens observe en novembre un écho contre les marches d'un grand escalier et compare le son avec celui d'un tuyau de longueur déterminée82).

 

Le 26 décembre 1680 apparut à Paris la grande comète que tant Huygens que les autres astronomes observèrent. Une comète avait déjà été signalée ailleurs en novembre et nous pouvons aujourd'hui être bien assurés que c'était la même. Cassini en

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traita à l'Académie dès le 4 janvier 1681. Comme on peut le voir dans sa brochure de cette année83) il nia l'identité des deux comètes. Huygens était du même avis. Pour croire à l'identité il eût fallu ne pas être persuadé de la vérité de la thèse, admise par Huygens, quoique non pas par Cassini, que les comètes suivent des routes à peu près droites. Il en lut à l'Académie le 1 et le 8 février et écrivit sur cette comète, et les comètes en général, les longues Pièces que nous avons publiées dans le T. XIX en y ajoutant un Avertissement. Ses observations se trouvent aussi dans le T. XIII84). Il nous apprend que Roemer croyait que la comète de novembre pouvait être la même que celle de décembre84). Dans ces Pièces il discute des opinions de Kepler, de Wren, de Descartes, de Rembrantsz. van Nierop, de Seth Ward, de Cassini, de Horrox. En somme, il pense que la matière des comètes naît du soleil ou bien s'amasse dans l'étendue du système planétaire. Des philosophes pythagoriciens avaient cependant déjà considéré (quoique sans arguments sérieux, semble-t-il) les comètes comme des planètes qui réapparaissent après beaucoup de temps85). Son père avait eu a priori trop de confiance dans ses oracles!86)

 

Bientôt après Huygens tomba malade. Sa soeur Suzanne87) et son mari Ph. Doublet vinrent, avec leurs trois enfants, le visiter et ensuite le ramener à la Haye où ils arrivèrent le 11 septembre.

Il emporta avec lui une machine planétaire de son invention ‘que monseigneur Colbert avoit agreé que je fisse construire, et qui n'estoit que commencée88).’ Il avait fait pour ce but en 1680 de sérieuses études astronomiques sur lesquelles nous reviendrons89). Ces études sont antérieures à ses communications et pièces sur les comètes; elles expliquent que là aussi il cite tant d'auteurs.