No 820.
Ph. Doublet à [Christiaan Huygens].
9 décembre 1660.
La lettre se trouve à Amsterdam, Archives Municipales.
de la Haije le 9 Decembre 1660.
Monsieur mon frere.
Si jaij manqué jusques astheure a vous rendre mes deuoirs, ce n'a pas esté faute de scauoir ce que je vous doibs, ni aussi par paresse comme l'on se pourroit peut estre jmaginer, mais pour ne vous pas estre jmportun en vous escriuant des choses que vous pouuiez scauoir a schasque ordinaire du Sire de Zeelhem, qui vous a fournij touttes les nouuelles de ce paijs cij. Comme je me suis donc jmaginé que pour cette fois vous pourriez n'en point receuoir que les miennes, (le dit frere s'estant plaint a moy l'autre jour qu'il ny auoit que luij qui voulust prendre la peijne d'estre le Gasettier de France et d'Espagne; mais qu'il n'en feroit plus rien a l'auenir si nous n'escriuions tous a nostre tour,) (aussi je trouue qu'il a raison car c'est un trop pesant fardeau pour un homme chargé d'affaires comme luij, d'escrire tous les huict jours une lettre,) je n'ay pas voulu laisser eschapper cette occasion pour vous rendre ce petit seruice de vous jnformer de ce qu'on fait icij, en attendant que vous me donniez occasion de vous pouuoir tesmoigner par quelque chose de plus d'jmportance combien je suis vostre tres humble seruiteur. Mais laissons la les complimens je commencois desia a mij engager si auant, qu'apres j'aurois de la peijne a m'en bien degager. Comme donc la cour est petitte il ne se passe presque rien qui vaille la peijne de vous estre mandé, tout ce qu'on fait c'et d'aller a la Comedie, tout le monde est si acharné apres ce diuertissement la qu'on ne parle d'autre chose, et tout ce qu'il y a de beau monde a la Haije y court sur le cinq heures du soir auec tant d'empressement que rien plus. Les dames qui n'y vont pas, ou pour nij prendre point de plaisir, ou pour n'oser a cause de leur age, ou veufage et autres telles raisons incommodes, ne laissans pas d'auoir la volonté bonne, entre les quelles est nostre bonne Tante de W.1), se trouuent furieusement jncommodees et passent leur temps fort mal. car apres cinq heures sonnees, elles n'ont point d'autres diuertissement que de s'entretenir elles mesmes, et alors la Haije est une solitude pure, on nij voit point de lumiere aux fenestres, point de carosses deuant les portes, ni du monde par les rues. Pour ce qui est des Commediens, vous vous en jmaginez sans doutte quelque chose d'extraordinaire, sur ce que je viens de vous dire, mais tels qu'ils sont on s'en diuertit, fautte de meilleurs. Jl y a trois femmes qui font fort bien, mais il y en a une de celles la, qui ne cede en rien au jugement de tout le monde, a tout ce que l'hostel de Bourgogne2)
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a jamais produit. On lappelle la du Rocher, elle est belle comme un ange et joue en perfection, au jugement mesme de madame la Barre3), qui se connoist un peu a ce mestier. Entre les hommes il ij en a deux qui font bien, Monsieur Donoy ose presque comparer l'un a Floridor4). le reste ne vaut pas grand chose. la plus part de nos dames, s'entant les plus zelees pour la Commedie, ont de petits retranchemens ou Loges de trois ou quattre personnes dans le parterre, quelles loüent pour cinquante francs par mois, s'entant chasque place, et de la sorte les Aerssens ij vont pour 250 francs par mois. Les autres a l'aduenant, tellement qu'on les meijne a fort peu de frais a la Comedie, en paijant pour soij mesme, et fautte de galands les dames et demoiselles y vont touttes seules, comme a l'Eglise sans scandale aucun. Celles qui ont de ces Loges comme je vous dis sont madame de Hoorn5), de Mompouillan6), de Cats7), de Düuenvoorde8), de Valckenbourg9), qui s'est assosiee auec la cousine Dorp et mademoiselle de Nieveen, les Aerssens, et encore quelques autres. Le duc de Lunebourg10) est de retour depuis quelques jours a la Haije, et a fait faire tout expres un retranchement pour luij tout contre celuij des Aerssens pour entretenir la belle. Ce qui donne bien de la jalousie aux autres et de la vanité a elles. Jl se dit que un de ces jours passez la Reijne11) luij aijant dit entre autre choses, que c'estoient des belles paijsannes, le duc
auroit respondu que de paisannes comme celles la on pourroit bien faire des duchesses. S'il est vraij je n'en scaij rien, je vous le donne comme on me l'a donné.
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l'Exemplaire que vous auez veu il y a enuiron un an au Comte de Dhona, il estoit enluminé, sur touttes les limites des Prouinces et Royaumes, et tout le reste scauoir les ornemens etc. estoient en blanc, s'il estoit possible je desirerois de l'auoir de mesme24). On m'a parlé de planches en taille douce25). qui auroient esté faittes des Arcs Triompheaux erigez a Paris lors de l'Entrée du Roij. S'il en est quelque chose je seraij bien aise de les pouuoir auoir, s'entend s'ils le merittent, comme aussi des nouueaux bastimens du Louure, sachons un peu s'il vous plaist comment ce vaste édifice auance, je me l'jmagine tresgrand et superbe. Je suis jnciuil me direz vous ou au moins vous le penserez mon cher frere, d'oser vous scharger de tant de commissions, mais je serois marri que vous en fissiez quelque chose, sinon a vos heures perdues et que vous n'auriez rien autre chose a faire, et si cependant je vous puis estre utile par deca en quelque chose que ce soit vous n'auez qu'a commander celuy qui tiendra a grand bonheur de vous pouuoir tesmoigner combien je suis
Monsieur mon Frere
Vostre tresaffectionné serviteur et Frere Ph. Doublet.
Ma Femme vous baise les mains et ne laisse pas pour cela de se plaindre de ce que vous ne vous souuenez plus d'elle. c'est ce qu'elle me commande de vous dire. adieu.
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1)
- Constantia Huygens, l'épouse de David le Leu de Wilhem.
Voir la Lettre No. 34, note 2.
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2)
- La troupe royale des Comédiens, qui était installée à l'Hôtel de Bourgogne depuis le commencement du règne de Louis XIII, était reconnue pour la première de Paris, avant que Moliére s'établît dans cette ville en 1658.
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3)
- Il s'agit de l'épouse du musicien de la Barre. Voir la Lettre No. 230, note 6.
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4)
- Josias de Soulas, Sieur de Primefosse, fils de Georges de Soulas, ministre protestant auprès de la duchesse de Bar, naquit en 1608 dans la Brie, et mourut en avril 1672 à Paris. D'abord enseigne dans le régiment de Rambures, il se voua plus tard au théàtre. Sous le nom de ‘Floridor’ il devint à Paris un acteur de renom; il épousa la comédienne Marguerite Valloré, qui, comme lui, jouait à l'hôtel de Bourgogne.
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5)
- Anna van Nassau, fille de Willem Maurits van Nassau et de Maria Aerssen van Sommelsdijck, épousa le général Willem, comte de Hoorn, baron de Kessel, seigneur de Batenburg, qui mourut le 4 mars 1694.
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6)
- Amelia Wilhelmina van Brederode, fille de Johan Wolfard van Brederode et de sa
seconde épouse Louisa Christina von Solms, épousa Arnoud de Caumont, Marquis de Montpoullian, général-lieutenant de la cavalerie dans l'armée des Provinces-Unies; celui-ci mourut en 1701.
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7)
- Justina van Nassau, fille de Willem Maurits van Nassau et de Maria van Aerssen van Sommelsdijk, épousa le contre-amiral Joris van Cats, seigneur de Coulster.
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8)
- Anna Maria van Scherpenzeel épousa en 1646 le Hoogheemraad (surintendant des digues) de Rijnland, Arend Baron van Wassenaer Duivenvoorde.
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9)
- L'épouse de George de Hertoghe d'Osmale. Voir la Lettre No. 196, note 6.
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10)
- Ernst August, fils du duc Georgius et d'Anna Eleonora vou Hessen Darmstadt, naquit le 10 novembre 1629 et mourut le 28 janvier 1698. Il était duc de Lunebourg, et devint en 1692 Electeur de Hanovre.
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11)
- Elisabeth Stuart, fille du roi d'Angleterre James I et d'Anna de Danemare, naquit en 1596 et mourut le 23 février 1662 à Londres. En 1613 elle épousa l'Electeur Palatin Friedrich V, qui en 1619, pendant une année, fut roi de Bohême. Les majestés sans royaume s'installèrent à la Haye, d'où la Reine partit en 1661 pour l'Angleterre.
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12)
- L'épouse de l'ambassadeur danois de Carisius.
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13)
- Les enfants de Reinier Pauw et d'Adriana Jonkheyn, mariés à Amsterdam le 3 août 1632, étaient les suivants:
a)
Anna, née en mai 1633, morte 15 février 1673, épousa 15 mars 1671 Hendrik van Hoven.
b)
Anna Albertina, née 24 août 1635, morte 18 avril 1707, épousa 16 janvier 1657 Rudolf van Ommeren.
c)
Adriaan. Voir la Lettre N o. 828, note 7.
d)
Adriana, née en avril 1640, morte 24 mai 1701, épousa 12 novembre 1662 Gerard Constantyn van Ruytenburgh.
e)
Elisabeth Cornelia, née en septembre 1642, morte 15 août 1702, épousa 2 avril 1662 Vincent van Bronckhorst.
f)
Albert, né 7 juin 1646, mort 19 mars 1679, épousa 9 avril 1673 Aletta Bontemantel.
g)
Alida, née 21 février 1649, morte 2 octobre 1738, épouse 23 avril 1673 Anthonie Gunther van Kinschot.
h)
Hendrik, né en avril 1650, mort 10 avril 1681, épousa 2 juillet 1675 Abigael Fagel.
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14)
- Ces demoiselles étaient les filles de Jacob Ryckaert et de Constantia Bartelotti van den Heuvel, mariés le 2 novembre 1638 à Amsterdam.
a)
Margaretha, née à Amsterdam le 5 février 1640, et morte en décembre 1722 à la Haye; elle épousa 26 octobre 1661 Adriaan Pauw. Consultez la Lettre N o. 828, note 7.
b)
Susanna, née à Amsterdam et morte 21 septembre 1712 à la Haye, épousa le 28 août 1668 Constantyn Huygens, frère.
c)
Constantia, morte à la Haye 14 novembre 1673.
Il y avait encore un frère:
d)
Andries, qui mourut célibataire à la Haye.
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15)
- Anna Catharina Musch, Mademoiselle de Waesdorp (voir la Lettre No. 196, note 5), épousa Karel baron van den Boetselaer.
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16)
- Karel baron van den Boetselaer, fils du baron Filips van den Boetselaer et de Anna van der Noot, naquit le 13 août 1635 et mourut le 28 janvier 1708. Il était Seigneur de Nieuwveen, épousa d'abord Anna Catharina Musch, puis Sophia Ferens.
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17)
- Petronella de Taillefer, morte le 7 juillet 1684, était la fille de Louis de Taillefer de Mouriacq, en 1655 colonel dans l'armée des Provinces-Unies, et de Petronella van Oldenbarnevelt.
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18)
- Voir la Lettre No. 367, note 1.
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19)
- Israel Henrichet. Voir la Lettre No. 806, note 14.
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20)
- Antoine le Pautre naquit en 1614 à Paris, où il mourut en 1691. Il devint ‘Architecte du Roi et de Monsieur’; en 1671 il fut un des premiers membres de l'Académie de Sculpture.
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21)
- Jean Marot naquit en 1630 à Paris, où il mourut le 15 ou 16 décembre 1679. Il appartenait à une famille d'artistes, et était architecte et graveur.
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22)
- Ces OEuvres se composaient de quatre volumes in-4o avec des cartes in-quarto oblong dédiées ‘a Monseigneur Tellis Secretaire d'Etat &c. par N. Sanson le fils. Geographe du Roy’.
L'Europe est sans date, l'Asie date de 1652, l'Afrique de 1656 et l'Amérique de 1667.
Le titre de l'Asie est le suivant:
L'Asie, en plvsievrs cartes novvelles, et exactes, &c. en divers traitez de Geographie, et d'Histoire. Là oû sont descrits succinctement, & auec vne belle Methode, & facile, ses Empires, ses Monarchies, ses Estats, &c. les Moevrs, les Langves, les Religions, le Negoce et la Richesse de ses Pevples, &c. Et ce qu'il y a de plus beau & de plus rare dans toutes ses Parties, & dans ses Isles. Par le S. Sanson d'Abbeville, Geographe Ordinaire du Roy. A Paris. Chez l'Avthevr, ruë S. Jacques, à l'Esperance. Avec Privilege du Roy pour vingt ans. in-4o.
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23)
- Les Sanson, qui ont été successivement Géographes du Roi, furent:
a)
Nicolas Sanson, le père, né à Abbeville le 31 décembre 1600 et mort à Paris le 7 juillet 1667. En 1627 il devint Géographe du Roy et ingénieur en Picardie, puis Conseiller d'Etat.
b)
Nicolas Sanson, son fils aîné né en 1626 et mort à Paris le 17 août 1708.
c)
Adrien Sanson, son second fils, mort le 7 septembre 1708.
d)
Guillaume Sanson, le fils cadet, mort à Paris le 16 mai 1703.
Les deux derniers constituèrent la maison Sanson, qui passa ensuite à leur neveu Pierre Moulart.
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24)
- Le 13 janvier 1661 Christiaan Huygens acheta les ‘Tables de Sanson’ pour 36 Livres [Reys-Verhael].
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25)
- Arc de Triomphe, eslevé au bout du pont Nostre-Dame. à l'eau forte par Jean le Pautre. Tirée de l'Entrée Triomphante de Leurs Majestez Louis XIV et Marie-Thérèse d'Autriche dans la ville de Paris. 1662.
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