Oeuvres complètes. Tome III. Correspondance 1660-1661
(1890)–Christiaan HuygensNo 828.
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pour les enfermer dans les paquets de Messieurs les Ambassadeurs, je pense que depuis vostre derniere depesche elles vous auront este rendues. dans une des miennes je vous ay escrit au large ce que j'auois fait avec Blondel qui est le plus franc coquin du monde. Le Sommaire en est qu'il me vint trouver il y a plus de deux mois et me promit de m'aller de ce pas querir vostre monstre pour ravoir la sienne, mais il n'en a rien fait jusques à present, et je n'ay point ouy parler de luy depuis ce temps là tellement que je garde encore sa monstre de cristal et la garderay jusques à ce qu'il la vienne rançonner. Je n'ay pas encor reçeu l'argent des livres, mais ayant fait sommer nostre homme il m'a promis de venir conter encore cette sepmaine. de Monnickelant il est venu pour vostre part 153. livres qui est le reste de l'année 1660 apres que j'en eus fait bien d'instances, j'ay encore cet argent là soubs moy, en attendant que je reçoive celuy de vos livres, pour voir ce que je pourray payer de l'un et de l'autre. Le receveur de Monnickelant1) me promet dans sa lettre de nous faire toucher encore quelque argent vers Caresme prenant sur l'année qui court, de sorte qu'il est à present en assez bon train. La principale des nouvelles que nous auons icy est la grande maladie de la Princesse Royale2), laquelle estant tombée malade de la petite verole en Angleterre, estoit encore si mal vendredy passé3) au soir quand le dernier ordinaire partit de là que lon craignoit fort pour sa vie, la petite verole ne sortant pas encor, et luy causant des accidents si facheux, qu'elle dit elle mesme qu'elle ne croyoit pas de vivre cette nuict la. doctor Freser4) pourtant qui est son medecin et celuy du Roy ne desesperoit pas encore à ce que mande Oudart5). S'il venoit faute de cette Princesse vous pouvez vous imaginer quels grands changements cette mort entraisneroit avec elle, sans que je m'estende icy sur des subjects si chattouilleux dans une lettre laquelle je ne suis pas assuré qu'elle courra meilleure fortune que mes precedentes. J'ay fait une partie de vos recommendations ou vous avez desiré, et feray vos baisemains aux Demoiselles Rijckert6) quand je les verray, mais il semble que Joffrouw Margrietje ne se contentant pas de cette forte de caresses, pourroit bien auoir envie de se faire baiser autre chose, et ce par un galand qui luy a fait la cour depuis quelques | |
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mois avec grand empressement, et afin que scachiez le personnage, c'est le Sieur de Nieuwerkercken7). Je voy grand apparence à l'affaire, bien que jusques à present on la desavoue fort et ferme comme de tout temps c'est la coustume. Monsieur Drost8) en veut à la cadette9) à ce qu'on peut juger, mais cela n'est pas encore si avancé comme la poursuite de l'autre. L'on parle encore bien fort de deux autres mariages qui sont celuy du Comte de Flodorp10) avec Mademoiselle Desloges11), y ayant des gens qui disent en avoir veu les promesses signées, ce que j'ay pourtant de la peine à croire, et celuy de l'aisnée des Paeuwtjes12) avec Monsieur Wevelinckhoven13), lequel je juge aussi se deuoir faire dans peu si ce n'est que le refus qu'il vient de remporter de la place de Conseiller au Conseil de Brabant, ne le recule. Cette charge est venue à vaquer par la mort du Sieur Panhuijsen14) et a este donnée au Sieur du Tour15) de Leyden que connoissez. Le Frere16) qui est à Paris commence à parler de s'en revenir, et au bout de quelques trois sepmaines ou d'un mois je croy que nous pourrons l'avoir icy, dont je ne seray pas marry n'ayant point de compagnie pour mon soupper qu'une vieille17) que sa bile et sa jaunisse ne rendent gueres agreable. Tout le monde vous fait saluer, entre autres la soeur de Mog- | |
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gershil18), qui est derechef grosse d'enfant, faites dire une messe à l'Escurial pour son heureux accouchement. Adieu.
A Monsieur Monsieur Louis Huijgens de Zuijlichem A Madrid. |
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