Oeuvres complètes. Tome III. Correspondance 1660-1661
(1890)–Christiaan HuygensNo 829.
| |
[p. 220] | |
une grande jndigence de galants, et viuent en une grande solitude qui ne les ennuije pas peu comme vous pouuez penser, personne de ces jeunes gens d'Amsterdam nij vient et se moquent fort d'elles comme elles se sont moquees cy deuant d'eux. dont je croij qu'elles ont regret a present quoy qu'elles ne le tesmoignent pas. Pour le mariage de deux Coenes auec les deux Bergagnes, cet une chose dont on ne parle point du tout, il est vray que d'Anne Marie6) et de Coene le cadet on en a parle cij deuant, mais ceux de Boileduc mesme disent qu'il n'en est rien, et de l'autre personne n'en a jamais ouij parler. Mademoiselle Jenneken7) nous mande que la semaine passee il ij a eu grand festin, jeu, Ball et toutte sorte de rejouissance chez les Zuerius8), où touttes les dames de Boileduc et tous les galants furent en bel equipage, et apres le souper qui estoit fort magnifique le Seigneur Jacobus, alla prendre madame Bergagne pour commencer le bransle, qui d'abord s'excusa un peu sur son age etc., mais en fin se laissa persuader et fit non moins que le reste. on voit par la que ces deux familles voisines ne sont pas presentement si mal d'accord comme il arriue par fois. Mademoiselle d'Absalon estoit aussi de retour a Boisleduc apres auoir esté fort longtemps en Brabant, et comme touttes les dames et ce qu'il y avoit de sa cognoissance eurent estez la voir cinq ou six jours de suitte et qu'on n'eust point lassé de parler auec elle comme auparavant la nommant tousiours par son nom accoustume d'Absalon, sans qu'elle fist rien paroistre. quelques jours apres elle fit diuulger par toutte la ville par sa seruante qu'elle estoit marriee il y auoit 3 semaines, dont tout le monde estoit fort surpris personne n'en aijant jamais ouij parler. Elle a epousé un gentilhomme Brabancon tres richea ce qu'on dit et de bonne maison, mais malgre ses parens a luij. il la deuoit suiure a Boilduc mais son carosse et les habits de ses pages (notez) n'estoient pas encore en ordre. Venons astheur a la Haije; le grand abord a present est chez les Aerssens scauoir alternatiuement chez les jeunes9) et les vieilles10). c'est la que se voit | |
[p. 221] | |
tout ce qu'il y a de beau monde a la Haije s'entend des hommes, ce qui ne cause pas peu de jalousie parmi le sexe. Amarante11) fait rage a discourir et depuis qu'elle a veu cette admirable madame de Bassecour12), a Spa, elle l'jmite si bien que vous seriez stupefait a l'entendre jaser comme elle fait. Le seigneur de Cats13) en est fort amoureux entre autres, car elle a des amants a dousaines et la plus part mariez, ce qu'on juge icij de consequence un peu dangereuse. Anne14) est dans la grande approbation pour la beauté, mais comme elle est autant taciturne, comme l'autre est parlante, l'autre attire la plus grande partie du gibier. Le Duc15) est partij il y a quelques jours pour son paijs d'ou il pretend passer en Jtalie et reuenir a la Haije vers le moijs de mars prochain, Monsieur Vickefort16) qui fait ses affaires m'a dit aujourdhuij qu'il venoit de luy louuer la maison où a loge dernierement milady Stannop17) sur le Buijtenhoff. On pensoit auoir icij des diuertissemens merueilleux cet hijuer mais la mort de la Princesse Roijale a dissipe touts ces desseings, et tout le monde s'habille de dueil. Chez mademoiselle de Nieveen il ij a un tres grand calme a present, elle n'a point d'autre galant astheur que le portugais Aluarez Ribera18), qui l'jmportune auec une assiduté sans egale ce qui la desespere tout a fait et ne s'en peut defaire quoij quelle le maltraitte d'une etrange facon, ce qui loin de le rebutter, le rend encore plus amoureux car selon la coustume d'Espagne il prend touttes ses siertez et cruautez pour autant de faueurs. le mariage de sa soeur auec Boetzelaer19) est accordé il ij a quelque temps ils cherchent maison, et se marieront vers pasques quand ils auront quitté le dueil du grand pere | |
[p. 222] | |
deffunct20). on parle aussi d'un mariage de Margriete Rijckers auec le Sieur de Nieuwerkerck, il en est fort amoureux et fort assidu aupres d'elle, mais s'il se fera cet21) dont on ne scait encore rien. Le frere de Zeelhem22) vit encore comme de coustume et ne voit que les Rijckerties23) et les Pauwties24), comme cij devant. Cest tout ce qui se passe icij de galanterie, sy ce n'est qu'on parle aussi de mademoiselle d'Aernhem25) auec l'aisné de Villers26) nouuellement reuenu de France, et du Conte de Flodorp auec mademoiselle des Loges, quoij que plusieurs jugent que ce soit hors d'apparance, joubliois a vous dire que Gans27) le gros, fait l'amour a une des Pauwties. On parle aussi d'un mariage entre mademoiselle de Beuerwaert28) auec le jeune Hijde29) frere de la duchesse de Jorck. J'ay rencontré a Amsterdam chez de Pont30) le Sieur Buliaud31) qui m'a prié de vous baiser les mains de sa part, il pensoit partir en deux jours au plustard pour la Pologne. Icij joint, va un petit mot de lettre pour le Sieur van Gangelt32) asin qu'il luy plaise de vous compter la somme de cinquante ecus pour ma marchandise. S'il sest fait quelque bon portrait33) en taille douce de la jeune Reijne je desirerois bien l'auoir. il s'en est fait un fort beau du Roij34) depuis peu, que j'ay apporté d' Am- | |
[p. 223] | |
sterdam la semaine passee, il est graué par un certain van Schuppen35), sur le dessein de Vaillant36), tout deux Flamans, mais il ne cede guerre a ceux de Nantueil a mon auis. Pour les ouurages du Pautre37) vous pouuez librement m'achepter tout ce qu'il a fait depuis un An en ça, car j'aij comme je croy tout ce qu'il a fait auparauant et j'estime fort ses ouurages pour la grande varieté du desseing et parce qu'ils sont si bien entendus. Post38) n'ij atteindra jamais et son fils39) aussi peu. Jl y a un certain Marot40), qui est aussi fort habille homme pour l'Architecture, s'il a fait quelque chose depuis un an ou enuiron vous me ferez plaisir de me l'achepter, et ce qu'il y aura de pareille etoffe. J'ay grande jmpatience de voir les planches de Vau41), d'Israel42), mais je ne pense pas qu'ils soijent prest auant vostre retour. Sachons s'il vous plaist si vous auez veu mademoiselle de Scuderi43) ou son Frere44) et quels personnages ce sont, on admire icij leur dernier ouurage d'Almahide45), qui paroist depuis peu, mais je ne me suis pas pu donner encore la patience de le lire. Nous ne scavons rien encore du bon Tassin, et Cheureau46), ce bel esprit est il encore au monde, Adieu mon temps est escheu. Ma mere et ma femme vous saluent et moy je suis
Monsieur mon Frere
Vostre tres affectione serviteur et frere Ph. Doublet. | |
[p. 224] | |
Je vous envoije le Billet pour le Sieur van Gangel ouuert, vous le pouuez cachetter si bon vous semble ou le luij donner comme il est. |
|