Oeuvres complètes. Tome XV. Observations astronomiques
(1925)–Christiaan Huygens[p. 439] | |
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Altesse,Vous avez vu ce qu'on a publié à Rome contre mon système de Saturne2), et comment deux adversaires se sont dressés contre moi sous un seul nom. En effet, quoiqu'Eustachio Divini soit l'auteur attitré de ce petit livre d'Annotations, Votre Altesse n'ignore pas qu'il a été aidé par le Père Honoré Fabri; moi aussi j'avais déjà appris depuis longtemps par mes amis qu'une telle action était en préparation3). J'avais donc cru qu'on me ferait quelques objections subtiles que je n'aurais pas prévues, tirées des profondeurs de la science astronomique, et cela avec cette politesse et modestie, qui siérait à un homme qui s'applique aux études libérales. Mais j'ai été absolument déçu dans mon attente, car je vois seulement qu'ils combattent mes observations sans arguments solides, révoquant en doute la plupart d'entre elles et m'accusant assez ouvertement de les avoir inventées contrairement à la vérité4). J'écarterai aisément, je l'espère, un soupçon si indigne, et je pense qu'il ne me faudra pas beaucoup de paroles à cet effet, vu que je plaide ma cause devant Votre Altesse dont l'équité souveraine est unie à une égale perspicacité du jugement. Le premier et le principal de mes adversaires5) a tâché de démontrer que ses verres et ses lunettes ne sont en rien inférieurs aux miens6); et lorsqu'ils pensent y avoir bien réussi, ils en tirent la conclusion que je n'ai rien pu observer au ciel qu'ils n'aient vu eux-mêmes. Or, si les phénomènes de Saturne eux-mêmes que j'ai publiés ne sont pas véritables, mon hypothèse, par laquelle j'ai entrepris d'exposer les causes d'observations illusoires, sera évidemment tout aussi fausse. Je leur ai donné l'occasion, en publiant une description très exacte de mes télescopes7), d'instituer jusqu'à un certain point une comparaison entre leurs télescopes et les nôtres; mais quant à la qualité primordiale des télescopes, l'excellence des lentilles due à une formation exacte, ils doivent savoir qu'elle ne peut être prouvée par aucune description, mais seulement par l'effet lui-même. Par | |
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Serenissime Princeps,Vidisti quae adversus systema meum Saturnium Romae sunt edita2), utque sub uno nomine gemini mihi adversarii exorti fint. Etsi enim Eustachius de Divinis libelli istius Annotationum autor inscribitur, eum tamen adjutum fuisse opera P. Honorati Fabrii nec Cels. T. ignorat, & ego, hoc agi, jam pridem ab amicis fueram admonitus3). Credideram hoc ipso futurum ut subtiliora quaedam, non mihi praevisa, èque profundiore Astronomiae sinu depromta, objicerentur; tum vero ea civilitate & verecundia, quae viro humanioribus studiis dedito conveniret. Sed omnino spe deceptus sum, cum nihil aliud quam observationes meas temere impugnari videam, quas plerasque in dubium vocant, praeterque veritatem mihi confictas esse satis apertè criminantur4). Facile autem, ut spero, tam indignam à me suspicionem repellam, nec multis ad hoc opus esse, coram C.T. causam agenti, existimo, cujus summa aequitas cum pari judicii perspicacitate conjuncta est. Primus praecipuusque adversariorum5) conatus est, ut vitra sua tubosque opticos nihilo meis inferiores esse demonstrent6); quod ubi egregiè se confecisse arbitrantur, inde porro, nihil me in caelo deprehendere potuisse, quod non & ipsi viderint, concludunt. Quod si autem phaenomena ipsa Saturni, quae adduxi, vera non sunt, vana utique & Hypothesis erit, qua visorum eorum quae nusquam sunt causas exponere suscepi. Telescopiorum suorum comparationem cum nostris instituere aliquatenus ut+ possent effeci, tradita accuratissima | meorum descriptione7); veruntamen quod praecipuum est omnium, praestantia vitrorum quae ab exacta formatione proficiscitur, hanc scire debent nulla descriptione, sed effectu demum ipso probari posse: | |
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conséquent, quoiqu'ils aient fabriqué d'une part des lunettes un peu plus longues que les nôtres et de l'autre des lentilles plus larges, ils ne sont pas en droit d'en conclure qu'ils ont composé de meilleurs télescopes. Il faut sans doute que des télescopes de la même bonté que les nôtres leur soient égaux en longueur et possèdent des lentilles d'ouvertures non moins larges, mais il n'en résulte pas que tous les télescopes satisfaisant à ces conditions aient la même force et leur soient équivalents. Pour démontrer réellement et par l'effet lui-même que les télescopes de Divini sont inférieurs aux nôtres, je crois pouvoir tirer un argument très convaincant de la considération du satellite (ou lune) de Saturne qui tourne autour de lui en seize jours. Il est certain que ce satellite a été observé par moi le premier; Eustachio avec son secondant le Père Fabri ne le nie pas. Mais le fait qu'il n'a été remarqué auparavant ni par d'autres ni par lui-même, s'explique, dit-il, ou bien par inadvertance, ou par sa trop grande distance de Saturne, ou par sa petitesse, ou par une conjonction1). Mais qui ne voit que ce sont là de vains subterfuges? En effet, comme il a déjà commencé en 16462) et peut-être plus tôt à observer attentivement les phases de Saturne, à l'aide d'un télescope composé de verres convexes3) qui devait nécessairement embrasser toujours à la fois Saturne et son satellite, même dans le cas où ce dernier se serait éloigné à une distance trois fois plus grande4), de quelle nature était donc cette inadvertance qui empêchait que le satellite jamais ne se présentât à ses regards? pourquoi la même inadvertance ne me l'a-t-elle pas caché à moi aussi qui n'avais pas non plus reçu le moindre avertissement? Il résulte du même raisonnement que la grande distance du satellite de Saturne est également un mauvais prétexte, puisque chaque fois qu'il regardait la planète, le satellite était placé lui aussi devant ses yeux. Cette distance en effet ne surpasse guère 3 minutes, tandis que les planètes des Médicis s'éloignent toutes à de plus grandes distances de Jupiter, la planète extérieure même à 14 minutes. C'était donc la petitesse du satellite qui l'a caché. Mais cela équivaut presqu'à avouer qu'il ne pouvait être découvert avec ses instruments à lui: bien certainement il était trop minuscule pour lui, mais non pas pour moi. Cependant après la publication de mon observation, il affirme qu'ayant été averti par l'illustre sieur Mich. Angelo Ricci, il a vu la petite étoile, indiquant même en quelle situation par rapport à Saturne et combien de fois il l'a observée5). Or, en examinant ces observations avec plus de soin, je trouve qu'elles ne sont certainement pas rapportées avec une entière bonne foi, mais qu'Eustachio craint si fort de ne pas être en réputation de constructeur de télescopes équivalents aux nôtres, qu'il affirme inconsidérément avoir observé ce qu'il n'a jamais vu au ciel, ni pu voir, parce que la nature des choses s'y oppose. Pour le démontrer, il faut d'abord considérer la période de révolution du satellite de Saturne: j'ai clairement fait voir par mes observations continuées durant trois années7) (à moins qu'on ne dise que celles-là aussi sont de mon invention) que cette période | |
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Ideoque etsi & longiores paulo nostris tubos, & vitra amplius patentia fabricarint, non idcirco meliora ex his telescopia sese composuisse existiment. Oportet nempe, quae pari bonitate cum nostris futura sunt, ut & longitudine illis aequentur, & vitrorum non minore apertura gaudeant; at non ideo quaecunque sic se habuerint, eâdem virtute pollent, aut illis aequiparanda sunt. Ut igitur reipsa & effectu concedere nostris Diviniana telescopia comprobem, certissimum argumentum mihi petere posse videor à Saturnio illo comite sive luna, quae sexdecim dierum spatio circa eum revolvitur. Hanc primum omnium mihi conspectam esse liquet, neque id Eustachius cum sibi succenturiato P. Fabrio denegat. Quod autem nec aliis nec sibi antea animadversa fuerit, in causa fuisse ait vel inadvertentiam, vel nimiam comitis d Saturno distantiam, vel parvitatem, vel conjunctionem1). Sed vana effugia haec esse quis non videt? Cum enim jam ab anno 16462) & ultra fortè Saturni phases diligenter respicere coeperit, telescopio è convexis vitris composito3), quo semper Saturnum simul & comitem hunc, licet triplo longius recederet4) comprehendi necesse erat, quaenam illa fuit inadvertentia qua fiebat ut nunquam ei in oculos incurreret? cur non eadem mihi quoque illum subducebat, nihilo magis admonito? Quin etiam hinc patet non bene praetexi magnam à Saturno distantiam, cum quoties ad hunc respiceret, simul ante oculos sese sisteret comes ejus. Et sanè distantia illa vix tria prima scrupula excedit, cum Medicei planetae omnes longius à Jove evagentur, extimus etiam+ scrupulis quatuor | decim. Parvitas ergo illum occuluit. At hoc idem est quasi fateatur suis | illum organis detegi nequiisse: certe enim nimium exilis erat, at mihi nequaquam. Postea tamen edita observatione mea, cum à Clarissimo Viro Mich. Angelo Riccio esset admonitus, vidisse se stellulam hanc affirmat, indicans etiam quo ad Saturnum situ, & quoties illam observaverit5). Verum cum diligentius hasce observationes examino, invenio profecto non optima fide eas commemorari; sed adeo miserè vereri Eustachium ne bonitatem nostrorum telescopiorum non assecutus putetur, ut quae nunquam in caelo vidit, aut per rerum naturam videre potuit, tamen sibi visa incogitanter asserat. Quod ut appareat, periodus primò Saturnii comitis expendatur, quam 16. circiter dierum esse6), ex observationibus meis, toto triennio continuatis7) (nisi & has confixisse dicar) manifestum feci: sed esto | |
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est de 16 jours environ1); mais admettons que ceci n'est qu'approximativement exact, puisqu'Eustachio écrit que ses observations à lui s'y opposent quelque peu2). Il dit3) donc que le 30 juin 1657, 2½ heures après le coucher du soleil, et de même les jours suivants, le 2, le 4, le 9 et le 12 juillet, le satellite a été aperçu par lui du côté oriental de Saturne, tandis qu'il ne s'est pas montré le 14. Il ajoute qu'il était situé du côté occidental le 20 juillet; mais il n'indique nulle part s'il s'est montré à la plus grande distance, ou bien à une distance moyenne ou à la plus petite distance. En réalité au moment des trois premières observations nommées, il était certainement situé a l'occident; c'est ce que je tire de mes tables4). Mais admettons qu'Eustachio n'ait pas tenu compte de l'inversion due au télescope et qu'il ait dit correctement que le satellite lui apparaissait à l'orient, si toutefois il lui est apparu. Mais le 9 et le 12 juillet, auxquels jours il affirme l'avoir vu de nouveau à l'orient, il était certainement passé au côté occidental, et le 20 juillet de nouveau au côté oriental, tandis qu'Eustachio écrit l'avoir trouvé à l'occident5). Ceci apparaîtra mieux par la figure ci-jointe6), dans laquelle la circonférence AB représente l'orbite de la Lune de Saturne, divisée en 16 parties, tandis que la droite AB indique la direction vers nous. Je trouve donc d'après la méthode exposée dans le ‘Systema Saturnium’7), que le 30 juin 1657 à 10 heures du soir le satellite était situé à 207o16′ de l'apogée A. Il devait donc se trouver près du numéro 10, un peu en deçà cependant8). Si nous comptons ensuite à partir de là une partie de la circonférence pour chaque jour, il s'ensuit que le 2 juillet le satellite s'était avancé jusqu'au numéro 12; de même le 4 juillet jusqu'au numéro 14; ensuite après 5 jours, donc le 9 juillet, jusqu'au numéro 3. Et après cela le 12 juillet jusqu'au numéro 6. Enfin le 14 juillet jusqu'au numéro 8, auquel jour il a bien deviné que le satellite était en conjonction avec Saturne. Mais pour le reste il est bien mal tombé. En effet, si le satellite est apparu à l'orient lorsqu'il se trouvait près des numéros 10, 12 et 14, il est nécessairement devenu occidental auprès des numéros 3 et 6. En aucun cas il ne pouvait se trouver du même côté de Saturne lorsqu'il était près des numéros 14 et 6 situés aux extrémités d'un même diamètre, comme l'exigent cependant les observations d'Eustachio. Enfin comme il était revenu le 20 juillet au numéro 14, où il se trouvait également le 4 juillet, comment est-il possible, je le demande, que ce même corps qui apparut la première fois à l'orient ait été vu à l'occident à la deuxième date, tout en se | |
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tantùm ea verae proxima sit, quoniam suas observationes tantulum refragari2) Eustachius scribit. Die igitur 30. Junii, anno 1657. horis 2½, post solis occasum, item sequentibus diebus 2, 4, 9, 12, Julii, ad partem orientalem Saturni animadversum sibi comitem ait3); 14o non apparuisse. Die 20 ad occasum fuisse situm; utrum in maxima, mediocri, an minima distantia apparuerit nusquam addit. Certe equidem tribus prioribus harum observationum, ad occasum revera positus erat, ut ex tabulis4) colligo. Sed putemus inversionis telescopii rationem non habuisse Eustachium, atque ita sicut ei videbatur, si tamen visus est, orientem spectasse comitem rectè dixerit. At die 9 & 12 Julii, quibus sibi orientalem itidem apparuisse asserit, omnino ad occasum transierat, ac rursus 20. Jul. ad latus orientale, cum Eustachius ab occiduo sibi repertum scribat5). In figura apposita6) clarius hoc liquebit; in qua circulus AB orbitam Lunae+ Saturniae exhibet, in 16 partes divi | sam,
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trouvant au même endroit? Même si ma période n'était pas exacte, je voudrais qu'on me montrât quelle aurait été celle d'Eustachio, peu différente de la mienne, avec laquelle ses observations dont nous venons de parler s'accordent. C'est ici, ou jamais, que Fabri eût dû lui venir en aide, en considérant au moins si ces observations pouvaient subsister d'une maniere ou d'une autre; ou bien en forgeant, s'il voulait nous tromper, quelques nouvelles observations à l'aide de mes tables. Car quant à celles qu'ils nous présentent maintenant, il n'est que trop aisé de découvrir qu'elles ne nous sont offertes que pour éviter qu'on ne pense qu'ils n'ont rien vu. Je crois qu'Eustachio aurait dit en outre que la bande obscure sur le disque de Saturne lui était nettement visible si Fabri n'eût été d'avis que l'existence de cette bande serait trop favorable à mon hypothèse de l'anneau. Mais comme il affirme1) qu'elle ne peut pas même être vue avec ses meilleurs télescopes, il est évident par là aussi combien ils sont inférieurs aux miens. En effet, pour qu'on ne pense pas que j'aie inventé ce phénomène, que l'on sache qu'on a depuis quelque temps commencé à le constater également en Angleterre, comme cela apparaît par une lettre de l'illustre sieur John Wallis qu'il m'a écrite d'Oxford le 22 décembre 16582). Il écrit entre autres: ‘Dans la même lettre (une lettre du 29 mai 16563)) j'appelai l'attention sur la bande de Saturne que M. Ball4) avait déjà observée auparavant, et je demandai si vous l'aviez aperçue également,’ etc. M. Ball a noté que cette bande coupait la planète diamétralement depuis le 5 février 1656 jusqu'au 2 juillet, espace de temps durant lequel Saturne paraissait rond et sans anses, c'est ainsi qu'elle a été dessinée dans l'esquisse qu'on m'a envoyée, et c'est telle aussi que je l'ai observée alors, comme on le voit à la page 165) du ‘Systema Saturnium’ par une figure que je repète ici. Plus tard cependant, lorsque les anses de Saturne étaient revenues et que cette même bande était devenue fort difficile à voir, elle a été en conséquence dessinée moins correctement, quant à sa position, par M. Ball. Mais dans mon carnet d'observations6) je trouve inscrit au 26 novembre 1656 et ailleurs que cette ligne obscure était très évidente, à savoir dans la position que je lui ai assignée à la page 187) du ‘Systema Saturnium’. Et je n'aurais pas manqué d'en faire mention, en rendant compte de ces observations8), si j'avais pensé que cela aurait été de quelque utilité | |
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discrepans, qua sua haec visa tueatur. Debuerat sane hîc, si usquam, Fabrius illi opem tulisse; saltemque perpendisse an stare ullo modo istae observationes possent: aut, si nobis imponere vellet, quotlibet duntaxat novas è tabulis meis concinnasse. Nam quas nunc adferunt, facile nimis deprehenditur, ideo tantum productas fuisse, ne nihil vidisse existimentur. Credo & fasciam nigricantem in Saturni disco, liquido sibi conspici dixisset Eustachius, ni Fabrio visum fuisset eam nimium hypothesi meae annulari favere. Cum autem ne optimis quidem suis perspicillis eam cerni affirmet1), hinc quoque quanto illa meis deteriora sint perspicuum fit. Nam ne mihi phaenomenon illud confictum credatur, idem & in Anglia pridem observari coepisse sciendum est; ut liquet ex literis Viri Clar. Joh. Wallisii, Oxonia ad me datis 22. Dec. 16582). quibus inter alia haec scribit. Monebam etiam eisdem literis (nempe datis 29 Maij, 16563) de Saturni fascia quam jam ante observaver at D. Ball4), & sciscitabar num tu eandem conspexeras, &c. Eam porro fasciam à 5 Febr. 1656 ad 2 Jul. quo tempore rotundus Saturnus absque ansis apparuit, medium Planetae discum secare D. Ball. adnotavit, ut in schemate ad me misso expressa est. Atque ita mihi quoque fuerat eo tempore observata, ut cernitur pag. 165) systematis Saturnii, quam figuram hîc repeto. Postmodum tamen renatis Saturni ansis cum difficillimè
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auprès de ceux qui me soupçonneraient d'avoir voulu de propos délibéré tromper les lecteurs. Mais, comme je l'ai dit, cette zone obsure est ensuite devenue fort difficilement visible, même elle peut à peine être aperçue en ce moment1); ce qui est également en bonne harmonie avec mon système, attendu que maintenant l'anneau de Saturne est très incliné; il faut remarquer aussi que l'éclat des anses, qui rend Saturne deux fois plus lumineux qu'autrement2), en empêche maintenant davantage l'observation exacte. J'estime que d'après ce qui a été dit il est évident pour tout le monde quelle est la qualité des télescopes de Divini comparée avec celle des nôtres. Je ferai voir encore par un autre raisonnement que ces télescopes sont également inférieurs aux télescopes anglais, afin qu'on tire d'autant moins en doute la véracité des phénomènes que j'ai observés aussi bien que les Anglais. En effet, je confirmerai encore par leur témoignage ce qui se rapporte aux phases à anses de Saturne. Un chevalier français3), érudit et très intelligent, qui avait vu à Rome les télescopes chez ce constructeur4), en cette année 1660 même, m'écrit à leur sujet comme suit5): Il me monstra les plus beaux de ses telescopes, qui passent au de là de 30 pieds; & nous les comparames avec un de ceux de la methode du Chevalier Neal6), qu'on a envoyé au Cardinal Ghisi7); il n'a garde de ne tirer l'avantage de son costé, mais sans mentir il se trompe lourdement. D'une part celui qui a fait sur place la comparaison des différents télescopes juge donc ceux qui provenaient d'Angleterre supérieurs à ceux de Rome, mais de l'autre Eustachio s'obstine pourtant à nier énergiquement cette supériorité, de sorte que même si j'envoyais les miens à Rome cela ne m'avancerait en rien auprès de lui. Que faire de cet homme? Qui, en considérant ceci, ne se croira pas en droit de penser qu'il est si préoccupé de son avantage personnel qu'il ne peut ou ne veut pas discerner ce qui est vrai? J'espère que l'on ajoutera maintenant volontiers foi tant à moi qu'aux observateurs anglais qui, en 1657, avons vu simultanément des bras oblongs de Saturne attachés de part et d'autre au disque central, comme les montre la figure de la pag. 188) de mon ‘Systema’ que je reproduis ici; et non pas des appendices en forme de deux petits cercles séparés de ce disque, tels qu'Eustachio jure les avoir vus en ce même temps9). | |
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profuturum putassem apud illos qui me data opera lectores fallere voluisse suspicarentur. Difficillime autem, ut dixi, tractus hic obscurus deinceps cerni coepit, imo vix jam amplius animadverti potest1); quod & systemati meo consentaneum est, quippe magnâ jam annuli Saturnii inclinatione; ad quam accedit, quod & ansarum splendor, duplo quam alias lucidiorem Saturnum efficiens2)), oculorum aciem nunc magis impedit. Qualia igitur sint Diviniana telescopia cum nostris collata, ex his quae dicta sunt, cuilibet manifestum opinor. Eadem verò & Anglicanis viliora esse alia praeterea ratione ostendam, quo minus dubitetur phaenomena ea vera esse, quae pariter cum Anglis ego observavi. Nam & illa quae ad ansatas Saturni phases attinent,+ testimonio illorum con|firmaturus sum. Vir quidam nobilis ex Gallia3), eruditus, acerrimique ingenii, qui Romae telescopia apud artificem istum4) viderat, hoc ipso anno 1660, super iis haec ad me scribit5). Il me monstra les plus beaux de ses telescopes, qui passent au de là de 30 pieds; & nous les comparames avec un de ceux de la methode du Chevalier Neal6), qu'on a envoyé au Cardinal Ghisi7); il n'a garde de ne tirer l'avantage de son costé, mais sans mentir il se trompe lourdement. Et meliora igitur Romanis esse, illa quae ex Anglia deportata erant, judicat is qui coram comparationem utrorumque instituit, & Eustachium tamen obstinate hoc pernegare testatur, adeo ut si jam mea Romam deferam, nihil apud illum quidem sim profecturus. Quid autem huic homini facias, aut quis haec videns non merito existimet, usque adeo privati compendii cura eum duci, ut quid verum sit discernere aut non possit aut nolit? Non aegrè nunc fidem
Adderem hîc schema quod | |
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J'ajouterais ici l'esquisse qui m'a été envoyée de la part de M. Ball1) nommé plus haut, si elle n'était pas parfaitement semblable à la nôtre2): elle n'en diffère tant soit peu que par l'épaisseur un peu plus grande qu'il donne partout aux bras. Il écrit que cette forme lui est apparue depuis le 5 nov. 1656 jusqu'au 9 juillet 1657. Le même observateur décrit la forme que lui présente Saturne depuis le 9 nov. 1657 jusqu'au 7 juin 1658 comme pourvue de bras ouverts, telle qu'elle est représentée à la page 243) de mon ‘Systema’ et ici même4); sa figure est absolument conforme à la
Quelles sont donc ces lunettes de 24 palmes d'Eustachio avec lesquelles des globules ronds étaient vus au lieu de bras droits? Et de même au lieu des anses entr'ouvertes telles qu'on les trouve à la page 216) de mon ‘Systema’. En 1658 aussi il dit n'avoir remarqué que des globules, tels qu'on les voit à la première des treize figures de la table donnée plus haut7). Pourquoi cite-t-il des témoins qui les ont observés avec lui8)? Sans doute je considère ces témoins comme absolument dignes de foi, prêts à déclarer candidement ce qu'ils ont vu; mais pour cette raison même ils me semblent rendre témoignage de la mauvaise qualité et de l'inefficacité de ses télescopes. J'aimerais mieux qu'il eût cité le témoignage de quelques personnes qui eussent observé avec lui le satellite de Saturne9). J'avais dit10) que les bras m'apparaissaient à moi aussi sous forme de globules toutes les fois que je me servais de lunettes de 5 ou 6 pieds. Il estime donc11) que c'est avec celles-là que je les vois correctement et comme ils doivent être vus; mais que lorsqu'ils sont rendus visibles par la lunette de 23 pieds sous la forme | |
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mihi à D. Ball, suprà memorato, advenit1), nisi planè simile esset huic nostro2), hoc uno tantillum duntaxat abludens, quod brachia illa ubique paulo crassiora ille referat. Eam vero formam à 5 Nov. 1656, ad 9 Jul. 1657 sibi apparuisse scribit. Apertis autem brachiis, qualis pag. 243) Systematis mei & hîc4) repraesentatur, talem à 9. Nov. 1657 ad 7 Jun. 1658, idem observator depingit, simillima prorsus figura, nisi quod ad positum zonae obscurae attinet, de quo dixi supra5). Ac denique à 3 Jan. 1659 ad 17 Jun. ejusdem anni, ansis paulo latius adhuc apertis.+ Et | haec quidem ille, ignarus adhuc meae hypotheseos, ne ob praeconceptam opinionem aliquid indulsisse sibi existimetur. Neque ego aliter ista quam se revera habent referre auderem, cum redarguere me, si fallam, autori observationum in promtu sit. Quaenam igitur illa sunt Eustachii perspicilla palmorum 24, quibus rotundi globuli rectorum loco brachiorum cernebantur? Imo etiam loco ansarum jam adapertarum, quales in systemate meo pag. 216). Etenim & anno 1658 globulos tantum sibi visos ait, quales in Fig. 1. istarum tredecim tabellae superius positae7). Quid testes citat qui secum ista observaverint8)? Quos equidem fide dignissimos esse censeo, quaeque viderint ingenuè fassuros, sed eo ipso mihi videntur de telescopiorum illius vitio & ineptitudine testimonium perhibere. Mallem aliquos adduxisset qui secum Saturni comitem observassent9).| + Globulorum formâ mihi quoque brachia apparuisse dixeram10), quoties 5 aut 6 pedum tubos adhibuissem. Hisce igitur rectissime ea, atque uti debent, mihi cerni arbitratur11); cum vero oblonga ac Saturni disco affixa, tubo 23 pedum referuntur, falsa imagine me deludi, idque telescopii culpa contingere. Nimirum persuadere mihi vult exigua illa omnium maximis praeferenda esse, quasi ne hoc quidem dis- | |
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d'appendices oblongs attachés au disque de Saturne, je suis trompé par une fausse image, et que la faute en est au télescope. En d'autres termes, il veut me faire croire que ces petits télescopes doivent être préférés aux plus grands de tous; pense-t-il donc que je ne suis pas même parvenu à juger leur valeur relative? Mais j'estime avoir maintenant suffisamment (et plus que suffisamment) fait comprendre ce qu'il faut penser de mes lunettes et de mes observations, et aussi de celles d'Eustachio. Je ne voudrais pas cependant que mes discours lui fassent du tort; mais j'espère plutôt qu'ils le stimuleront à s'appliquer toujours davantage jusqu'à ce qu'il parvienne à surpasser d'abord ses propres télescopes et ensuite les nôtres aussi. En effet, je suis si éloigné de d'être envieux des efforts de ceux qui tâchent de perfectionner un art si excellent que j'ai même résolu de publier dans peu de temps tout ce que j'ai trouvé à ce sujet1) et surtout ce qui se rapporte à la théorie de la Dioptrique2); ce que je comprends devoir faire aussi afin que l'on puisse examiner la vérité de mes observations sur le système de Saturne, l'art de fabriquer des lunettes équivalentes aux nôtres ayant été de sorte rendu public. Toutefois il reste encore à discuter un seul phénomène d'Eustachio qui est censé suffire seul à faire crouler tout mon Système3). Ce phénomène est de nouveau du genre de ceux qui non seulement n'existent pas, mais encore ne peuvent, de par la nature des choses, se réaliser de quelque façon que ce soit; ce que, si non le fabricateur de lunettes, du moins le P. Fabri eût du remarquer. Ils disent que ces deux espaces dans le creux des anses sont trouvés plus obscurs que le reste du ciel; tandis que d'après mon hypothèse c'est au contraire le ciel lui-même qui est aperçu à travers ces ouvertures. Mais je viens demander à Fabri comment il se fait que le ciel entier, vu de jour ou de nuit, ne paraît pas tout à fait ténébreux et noir. Il sera obligé d'avouer que cela provient des vapeurs (nommées aussi atmosphère) entourant la Terre, qui sont éclairées le jour par le Soleil, la nuit par la Lune ou les étoiles; de sorte que si ces vapeurs étaient ôtées le ciel apparaîtrait absolument noir, aussi bien que ces espaces cernés par les anses de Saturne. Mais toute l'épaisseur de l'atmosphère illuminée est interposée tant entre nous et Saturne qu'entre nous et la voûte noire du ciel; il faut donc que par l'interposition de l'atmosphère la noirceur des taches de Saturne diminue autant que celle du ciel; ces taches ne peuvent donc aucunement apparaître plus obscures que l'éther en général. S'ils persistent néanmoins à dire que cela leur paraît ainsi, il faut qu'ils avouent que cela est dû à une certaine fallace de la vue: peut-être la splendeur voisine de Saturne et de ses anses rend-elle ces espaces un peu plus obscurs qu'ils n'apparaîtraient sans elle. Toutefois, cela ne m'est jamais arrivé à moi: au contraire, j'ai remarqué en un certain sens le phénomène inverse. En effet, lorsque les anses n'étaient encore qu'entre-ouvertes, comme cela eut lieu sans aucun doute vers le 26 nov. 16564), les intervalles noirs ne pouvaient encore être clairement aperçus et la partie des bras située du côté du | |
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cernere adhuc didicerim. Sed jam satis superque, quid de meis telescopiis observationibusque, quidque de Eustachianis existimandum sit, me ostendisse arbitror. Nec tamen quae dixi in damnum illius cedere velim, sed potius stimulos addere, quò magis magisque incumbens, sua ipsius primo, deinde & nostra telescopia superet. Adeo enim non invideo his qui artem adeo egregiam promovere nituntur, ut decreverim etiam cuncta quae circa eam mihi comperta sunt1), sed & praecipue quae ad theoriam Dioptrices spectant2), propediem in lucem emittere: quod vel ideo mihi faciendum video, ut de veritate observatorum quae in Saturni systemate protuli, plures inquirere possint, monstrata arte qua sibi paria nostris perspicilla parent. Caeterum unicum etiamnum discutiendum restat Eustachii phaenomenon, quo vel solo Systema meum universum corruere dicitur3). Est autem rursus de genere eorum quae non tantum non extant, sed ne quidem per rerum naturam apparere ullo modo possunt: quod, si non vitrarius artifex, at P. Fabrius certè animad vertere debuerat. Ajunt spatia illa bina, cavitate ansarum intercepta, nigriora reliquo caelo inveniri; cum contra, ex hypothesi mea, caelum ipsum sit quod trans aperturas eas conspicitur. Ego vero quaeram ex Fabrio, qui fiat ut caelum omne, cum vel interdiu vel noctu aspicitur, non planè tenebrosum nigerrimumque appareat.+ Fateri cogetur in causa esse va|pores illos sive atmosphaeram Terrae circumfusam, quae interdiu quidem à Sole, noctu verò à Luna aut stellis illustretur. Atque adeo si vapores ii auferantur, planè nigrum appariturum esse caelum, aequè ac spatia illa, Saturni ansis inclusa. Atqui tota atmosphaerae illustratae crassitudo tam inter nos ac Saturnum, quam inter nos nigrumque caeli convexum interjecta est; ergo illius interpositu aeque multum de Saturniarum macularum nigredine, atque de illa quae caelum obtinet decedere necesse est; ac proinde eae maculae nihilo obscuriores reliquo aethere apparere possunt. Quod si igitur nihilominus hoc sibi videri pertendant, fateantur oportet visus quadam fallacia id contingere, vicino forsitan splendore Saturni, ansarumque suarum, paulo obscuriora spatia illa reddente, quam absque eo apparitura essent. Quanquam mihi nunquam id evenit: quinimo ejus contrarium quodammodo fieri animadverti. Dum enim ansae exigua tantum adhuc rima paterent, veluti circa 26. Nov. 16564), contigisse | |
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disque de Saturne semblait seulement douée d'une luminosité plus faible. Pour la même raison la bande sur Saturne dont nous avons parlé plus haut1) n'est vue qu'un peu plus obscure que le reste de son disque quoiqu'elle soit en réalité assez ou même très foncée; étant très-mince, elle est vue à la fois plus large que de droit et plus diluée. Il en résulte aussi qu'on objecte vainement à mon hypothèse que d'après elle Saturne ne pourrait jamais être vu rond et sans bras, attendu qu'il devait rester au moins un peu de lumière sur le bord extérieur de l'anneau, de sorte que celui-ci quoique vu de côté ne pourrait pas se soustraire entièrement à la vue et que les bras ne pourraient par conséquent pas disparaître totalement2). Qu'ils sachent maintenant qu'il n'y a aucune raison pour laquelle je n'ôterais pas toute luminosité au bord de l'anneau3). Quant à Fabri il ne prétendra pas que c'est faire une hypothèse absurde sur la nature des choses que de supposer qu'il existe une certaine matière ne réfléchissant pas du tout les rayons du soleil; en effet, parmi les quatre nouveaux satellites de Saturne qu'il imagine il en considère deux comme noirs, invisibles par eux-mêmes et incapables d'être éclairés par les rayons solaires, tandis que les deux autres sont resplendissants4). Mais nous nous occuperons plus tard de cette hypothèse divertissante5); il faut d'abord parler d'autres objections à notre théorie. J'ai dit6) que la surface plane de l'anneau qui est tournée de notre côté n'est quelquefois pas illuminée par le Soleil, étant détournée de celui-ci, d'où il résulte qu'elle est alors invisible pour nous et ne fournit par conséquent pas d'anses à Saturne. Et quoique j'aie péremptoirement démontré qu'il en est ainsi7), mes adversaires nient ce fait sans discussion, disant qu'il est démenti par les règles de l'optique8). Mais de quelle manière? C'est qu'ils adoptent pour la distance de Saturne ainsi que pour le diamètre du Soleil des grandeurs beaucoup plus considérables que moi8), d'où il s'ensuivrait que la surface du dit anneau tournée vers nous reçoit aussi toujours de la lumière du Soleil. Or, dans mon ‘Systema’ j'ai donné à la distance nommée ainsi qu'au diamètre (car ces longueurs dépendent l'une de l'autre) des valeurs beaucoup plus grandes que n'importe quel autre astronome. Car tandis que Ptolémée et Copernic évaluent le diamètre du Soleil à cinq diamètres terrestres, Aristarque et Boulliau à 7, Riccioli à 33, Wendelin à 649) (personne ne va plus loin), j'ai pris moi la valeur 111 pour ce rapport10), non sans raison à ce que je pense. Néanmoins mon évaluation semble insuffisante à Fabri qui veut que l'on considère le Soleil comme bien plus grand11) encore, afin que mon hypothèse ne puisse tenir debout et qu'il paraisse m'avoir reproché à | |
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nullus dubito, nondum nigrae lacunae distincte cerni poterant, sed tantum tenuiori luce, illa brachiorum pars1), quae disco Saturni proxima erat, perfusa videbatur. Qua eadem ratione & fascia in Saturno, de qua suprà, paulò tantum obscurior reliquo ejus disco cernitur, quia nempe licèt revera nigra satis vel etiam nigerrima sit, est tamen tenuissima, unde & latior simul justo & dilutior spectatur. Atque hinc apparet, frustra etiam adversus hypothesin meam objici, quod per eam nunquam Saturnus rotundus sine brachiis videri possit; quia nempe exiguam saltem lucem in extrema annuli ora reliquisse videbar, qua futurum sit ut non penitus visum effugiat annulus, quanquam à latere inspectus nec brachia proinde+ in totum aboleantur2). Nunc enim sciant nihil obstare quo minus omnem lu|cem margini annulari adimam3), neque hoc absurdum in rerum natura statui Fabrius contendet, esse nimirum materiam aliquam quae radios solares omnino non reflectat, quippe qui de quatuor novis, quos fingit, Saturni satellitibus, duos atros, ac per se invisibiles, nullisque solis radiis illustrandos, reliquos vero splendidos esse imaginetur4). Verum hypothesim illam jucundissimam postea videbimus5); sunt enim alia etiam prius ventilanda quibus nostra oppugnatur. Dixi6) planam annuli superficiem, eam quae nobis obversa est, aliquando à sole aversam non illuminari, unde nimirum nec cerni nobis tunc possit, ac proinde nullas Saturno ansulas praestet. Quod cum certissima ratione fieri demonstraverim7), adversarii mei breviter atque uno verbo negant, opticisque regulis refelli dicunt8). Quomodo tamen? Ponendo scilicet & Saturni distantiam & solis diametrum longe quam ego majores8), quo fiat ut superficies dicti annuli, ad nos spectans, semper quoque à sole lumen accipiat. Atqui ego & distantiam illam & diametrum (nam una ex alia pendet) multo majores exhibui in systemate meo quam alius quisquam omnium Astronomorum. Nam cum Ptolemaeus & Copernicus diametrum solis, tantum 5 Terrae diametris taxent; Aristarchus & Bullialdus 7; Ricciolus 33; Wendelinus, quo pluribus nemo, 649); ipse 111 dedi10), nec sine ratione ut puto. Et Fabrio tamen parcus fuisse videor, qui solem longe majorem etiam fieri vult11), ne stare hypothesis mea possit, utque merito hanc Optices ignorantiam mihi impegisse | |
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bon droit cette ignorance en matière d'Optique. Tandis qu'en réalité il est lui-même si ignorant en Optique ou en Astronomie qu'il ne remarque pas que même s'il adopte une valeur cent mille fois plus grande que la mienne pour le diamètre du soleil, et qu'il augmente en même temps l'amplitude des orbites planétaires dans la même proportion, ce diamètre, vu de Saturne, ne mesurera cependant qu'environ trois minutes d'arc1); et que même dans le cas ou ce diamètre, vu de là, paraîtrait aussi grand qu'à nous habitants de la Terre, il résulte néanmoins de ma démonstration que la surface de l'anneau tournée vers nous n'est quelquefois pas éclairée par la lumière du soleil parce que le prolongement du plan de l'anneau passe entre nous et le soleil. Car s'il veut nier que cela arrive quelquefois, il sera obligé d'admettre (ce qui est ridicule) que le diamètre du soleil est égal à deux cinquièmes au moins du diamètre de la grande orbite que la Terre parcourt en tournant autour de lui2). C'est ce que je pourrais facilement démontrer; mais les astronomes le déduiront sans peine de ma démonstration de la page 633). En effet, si le plan de l'anneau était perpendiculaire à celui de l'écliptique, je ne dirais pas deux cinquièmes, mais le diamètre entier de cette grande orbite; les deux cinquièmes résultant de l'inclinaison de 23½o des deux plans nommés l'un par rapport à l'autre4). Or, je trouve qu'on me reproche aussi d'ignorer l'art du dessin5), vu que sinon je n'aurais pas fait d'objections contre certaines ombres qu'Eustachio a marquées dans l'esquisse numéro 10 de Saturne6). En effet, ils prétendent qu'il les a, sans doute, ajoutées de lui-même, mais qu'il était obligé de le faire pour dessiner une forme sphérique: sans elles bien sûr on aurait été incertain si Saturne est convexe ou plan. Par conséquent j'aurais fait preuve d'ineptie en disant qu'Eustachio a ajouté ces ombres de son cru, tandis qu'en réalité il les aurait dessinées d'après les règles de l'art et conformément à ce qu'exige la nature des choses. Mais ici l'envie me prend de plaisanter. Puisqu'ils m'accusent d'avoir posé témérairement sans aucune preuve que Saturne tourne autour de son axe7), je leur demande maintenant d'où ils tirent une si ferme conviction que le corps central de Saturne est sphérique? En effet, aucune observation que je sache ne l'a enseigné; pour l'établir il ne peuvent s'appuyer que sur une certaine analogie entre Saturne et certains autres corps célestes, exactement comme je l'ai fait en parlant d'une rotation autour d'un axe. Pourquoi donc était-il nécessaire d'ajouter des ombres asin de montrer la forme sphérique? Il me semble qu'ils dissimulent la vérité en faisant semblant de ne pas remarquer que je n'avais pas en vue8) en premier lieu | |
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videatur. Cum ipse interim vel Optices vel Astronomiae usque adeo imperitus sit, ut non advertat, licet centies millies majorem quam ego solis diametrum statuat, ac simul planetariorum orbium amplitudinem eadem proportione adaugeat, tamen+ diametrum illam, ex Satur|no conspectam, non nisi 3 circiter scrupulorum fore1); atque etiamsi tanta illinc appareret quanta nobis in Terra positis, tamen illa quam dedi demonstratione evinci, superficiem annuli ad nos versam, aliquando solis lumine non illustrari, propterea quod planum annuli productum, inter nos solemque transeat. Nam si hoc fieri quandoque neget, oportet statuat diametrum solis, (quod ridiculum est) ipsius magni orbis diametri, in quo circa solem Tellus defertur, saltem duabus quintis partibus aequalem esse2). Hoc enim ita esse facile ostendere possem, sed Astronomi ex demonstratione mea pag. 633) haud aegre deducent. Nam si planum annuli plano eclipticae foret ad rectos angulos, non duas quintas sed integram orbis magni diametrum dicerem; duae quintae autem oriuntur ex inclinatione graduum 23½ quanta est dictorum planorum4). Invenio vero & Graphices inscitiam mihi objici5), quia nempe umbras quasdam, quas in schemate Saturni num. 10. Eustachius depinxit6), alioqui non fuerim reprehensurus. Eum enim accersivisse quidem illas, sed necessario, contendunt, ut sphaerae formam exprimeret; quia videlicet incertum absque iis futurum fuerit, an convexus Saturnus, an planus esset. Atque ego proinde ineptus, qui de suo eas umbras Eustachium addidisse dixerim, quas ille ex arte, atque ita flagitante rei natura descripserit. Sed enim jocari hîc libet. Nempe cum temere citra ullam demonstrationem me statuisse arguant7), Saturnum circa axem suum converti, rogo nunc illos unde tam certo compererint, Saturni medium corpus globosum esse? Non enim observatio ulla puto hoc docuit, sed colligunt tantum ex analogia quadam inter hunc & alia quaedam caelestia corpora, sicut & ego de conversione+ circa axem. Quid igitur necessario umbras ad globum repraesentandum accer|sere opus erat? Verum dissimulare mihi videntur, quasi non advertant, non adeo me de medii corporis umbra sensisse8), quàm de illa quam ellipticae figurae, binas ansas | |
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l'ombre du corps central, mais plutôt celle qu'il attribue à la figure elliptique qui produit les deux anses1). Car il a ajouté à elle des ombres afin de lui donner la forme d'un anneau elliptique non pas plan mais arrondi, semblable à un serpent dévorant sa queue; je ne vois pas comment je saurais mieux indiquer cette forme. De plus il a réussi par l'artifice de cette ombre à faire en sorte que l'anneau entier semble placé derrière le globe de Saturne. À ce sujet Eustachio a peut-être imaginé lui-même quelque forme absurde de Saturne; du moins a-t-il pu fournir à autrui l'occasion d'une pareille construction fantastique. Je devais moi nécessairement avertir les lecteurs de l'addition arbitraire de cette ombre; parce que, si elle était réelle, elle réfuterait mon hypothèse, tandis que d'autre part la figure d'Eustachio, considérée sans ombres, était très propre à la confirmer. Mais ils disent que moi aussi je suis coupable du même crime attendu que j'aurais ajouté ça et là des ombres plus grandes qu'elles n'étaient en réalité2). Je ne sais pas de quelles ombres ils veulent parler; une seule fois, il est vrai, j'ai ajouté des ombres au globe de Saturne et à l'anneau3), non pas cependant comme si je les avais observées telles, mais pour expliquer mon hypothèse, c'est-à-dire pour qu'il apparût de quelle façon j'avais placé l'anneau autour de Saturne. S'ils avaient dit que la bande observée sur le disque de Saturne4), ainsi que celles que j'ai tracées sur les figures de Jupiter et de Mars5), sont dessinées plus foncées que ces bandes ne sont vues au ciel, je ne le nierais point. J'avoue volontairement que c'est une faute imputable au graveur, et que surtout dans le cas de Mars cette zone aurait dû avoir une teinte beaucoup plus diluée, surtout vers les bords. Et je suis d'avis que cette bande n'est pas perpétuellement visible en cet endroit, mais qu'elle a, comme celles de Jupiter, une forme variable, comme je l'ai appris par mes dernières observations sur Mars6); ce dont je parlerai peut-être plus amplement ailleurs7). Eustachio, pour démontrer que je n'ai rien vu de tel ni chez l'une planète ni chez l'autre, n'apporte d'autre argument que celui dont il se sert dans tous les cas semblables, savoir qu'il n'a rien vu lui-même8). Personne9) à mon avis ne pourrait raisonnablement me reprocher d'avoir adapté mon Système de Saturne au Système de Copernic. Comme cependant Fabri défend à tous les Catholiques de se servir de ce dernier10), je m'étonne de ce qu'il ne déclare pas que déjà pour cette seule raison toutes mes fictions doivent être rejetées. Mais il voyait, je pense, que je pourrais facilement substituer au Système de Copernic celui de Tycho. En effet, pour les phénomènes en question il importe peu lequel des deux j'emploie. Toutefois la vérité de la chose ne peut être expliquée autrement qu'en suivant Copernic; et de plus notre Système de Saturne corrobore fortement le sien. Mais je ne comprends pas comment Fabri assure si confidemment que cette théorie de la Terre mobile n'est admise que par les Aristarques hétérodoxes. En | |
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efficienti, tribuit1). Huic enim ea lege umbras adjecit, ut annulum ellipticum, non planum sed rotundum, similemque serpenti caudam devoranti, exprimat; nescio enim quomodo melius formam eam designem. Deinde & hoc umbrae suae artificio praestitit, ut totus iste annulus post globum Saturni positus videatur. Qua ex re sibi ipsi forte Eustachius absurdam aliquam Saturni formam commentus est, vel aliis certe comminiscendi ansam praebere potuit. Mihi autem, de umbra illa temere addita, necessario admonendi erant lectores; quia si vera esset, refellebat hypothesin meam, cum alioqui schema Eustachianum, si sine umbris consideraretur, plurimum illam confirmaret. Sed & me ejusdem criminis teneri ajunt, quod passim umbras majores quam revera sint adjiciam2). Nescio equidem quas dicant; semel enim Saturni globo annuloque umbras addidi3), at non tanquam ita observassem, sed explicandae hypotheseos causa, ut nempe appareret quo pacto annulum Saturno circumdedissem. Quod si fasciam in disco ejus observatam4), uti & illas quas in Jove & Marte5) exhibui, nigriores quàm in caelo spectantur, ob oculos poni dixissent, non ivissem inficias. Fateor enim ultro caelatoris culpa hoc accidisse; ac in Marte praesertim zonam longe dilutiorem, imprimis circa margines, pingendam fuisse. Quam neque perpetuo ibi spectari opinor, sed, ut Joviales fasciae, mutabilem formam habere, sicut postremis in Marte observationibus didici6); de quibus alias fortasse plura7). Nihil autem ejusmodi mihi visum in utroque hoc planeta, Eustachius non alio argumento probat quàm caetera omnia, nempe quia ipse non viderit8).| + Quod9) Systemati Copernicano Systema meum Saturnium adaptaverim, nemo, ut opinor, jure me reprehenderit. Attamen cum Catholicis omnibus Fabrius illo interdicat10), miror quod non vel hoc solo nomine rejicienda esse omnia commenta mea pronuntiet. Sed videbat, credo, facile in locum Copernicani Systematis Tychonicum me substituere posse. Utrum enim adhibeam parum admodum interest ad phaenomena quod attinet. Sed rei veritas haud aliter quam Copernicum sequendo explicatur; cujus sententiam non parum quoque nostrum Saturni Systema commendat. Non intelligo autem qui tam confidenter, hanc de Terra mota opinionem, | |
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effet toutes les fois que j'en parle avec des Catholiques (c'est-à-dire des Catholiques Romains1)), ceux-ci affirment qu'ils ne sont nullement tenus de se conformer aux décrets qui s'opposent à cette théorie, soit qu'ils émanent de Cardinaux ou qu'ils proviennent du souverain Pontife lui-même. Il est clair qu'ils n'attribuent pas à ces décrets une si grande autorité dans l'explication de l'écriture sainte qu'il faille nécessairement s'y tenir même dans ce qu'ils appellent des controverses de fait; ils sont convaincus que le repos de la Terre doit plutôt être défendu par des raisons que consacré par des documents officiels. Même il est certain qu'en France le Système de Copernic est défendu parfois non pas comme une hypothèse mais comme une vérité acquise, et cela même par des ecclésiastiques et des prêtres qui enseignent ouvertement cette doctrine dans des volumes entiers, sans aucune contradiction que je sache de la part de Rome. Songeant à tout cela, je suis convaincu depuis longtemps qu'outre ceux qui ne connaissent pas l'Astronomie et le public ignorant, quelques Cléanthes2) seuls (parmi lesquels Fabri) s'attachent encore à l'erreur antique et s'opposent avec un vain effort au mouvement de la Terre. D'ailleurs comme, à ce qu'il dit3), il est obstinément attaché à cette conception, et que par conséquent il considère les autres planètes comme ne pouvant en aucune façon être assimilées à la Terre, il n'y a point lieu de s'étonner qu'il n'ait pu souffrir qu'il fût fait aucune mention d'habitants de Saturne4). En quoi cependant il m'accuse à tort. Car je n'ai pas disserté5) sur eux de telle manière que j'affirmais leur existence ou que je concluais, après avoir donné mes raisons, à la vraisemblance de cette existence. Au contraire j'ai dit que je m'abstiendrais d'écrire davantage sur l'Astronomie telle qu'elle serait pour les habitants de Saturne, parce que la plupart des gens considèrent comme trop absurde l'idée que des hommes habitent les planètes et qu'ils diraient donc que j'examine en vain ce que ces êtres inexistants pourraient bien observer. Mais en parlant, dans le | |
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tantùm ab heterodoxis Aristarchis tenendam Fabrius asseveret. Quoties enim de ea cum Catholicis (Romanis nempe1)) sermones confero, profitentur illi se nequaquam decretis in contrarium latis teneri, sive ea à Cardinalibus, sive ab ipso summo Pontifice profecta fuerint. Quibus videlicèt non tantum tribuunt in explicando sacrarum literarum sensu, ut etiam de controversiis quae, ut vocant, facti sunt, necessario iis standum sit: ac plane, quietem Telluris rationibus potius adstruendam, quàm diplomatis sanciendam, existimant. Quin etiam in Gallia passim Systema Copernici non tanquam hypothesin, sed ut liquidam veritatem propugnari certum est, idque ab ipsis Ecclesiasticis, & Sacerdotibus, qui voluminibus totis publice doctrinam eam tradunt, nihil, quod sciam, Roma contradicente. Quae omnia perpendens, pridem credidi praeter Astronomiae ignaros, imperitamque multitudinem, tantùm adhuc Cleanthes2) aliquos, in quibus & Fabrius, antiquo errori adhaerescere, vique irrita Telluris motui obniti. Caeterum cum mordicus, ut ait3), hoc propositum teneat, ac planetas reliquos proinde nullo modo Terrae assimilandos putet, nihil mirum est, nec ferre eum+ potuisse Sa|turnicolarum ullam mentionem fieri4). Ubi tamen injuria me culpat. Nam non ita de illis disserui5), ut esse aliquos affirmarem, aut, rationibus adductis, verisimile id esse evincerem. Quin imo abstinere me dixi plura scribere de Astronomia, qualis incolentibus Saturnum futura esset, eo quod absurdum nimis plerique arbitrentur homines in planetis degere; qui proinde frustra me investigare dicturi | |
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calcul de la période de la Lune de Saturne, des mois des Saturniens1), je n'ai rien fait d'inouï ou d'insolite aux yeux des Astronomes qui imaginent si souvent l'existence d'un observateur fictif placé sur le Soleil ou la Lune et contemplant de là les mouvements des astres. Il n'y avait donc aucune raison pour Fabri de me reprocher d'avoir fait usage en cet endroit de la fiction des Saturniens. Et même s'il en était autrement, je n'aurais pas été le premier à promulguer cette idée et elle ne serait pas aussi ridicule, aux yeux des philosophes bien entendu, qu'il le pense. Mais je ne veux pas m'écarter de mon sujet pour parler plus longuement de cette question. Il est temps de considérer le Système de Fabri, savoir celui par lequel il estime qu'après la destruction du mien les phénomènes autour de Saturne peuvent aisément être expliqués2). Car celui qu'il développe auparavant3) pour régler le mouvement de Saturne lui-même d'après des lois nouvelles n'a rien à voir ici, et il ne vaudrait pas la peine de l'examiner. Je me demande cependant ce qui a pu tant lui déplaire dans l'hypothèse de Tycho qu'il a conçu l'idée d'en construire une nouvelle sur un fondement différent; et je crains que les Astronomes ne puissent guère la comprendre et encore moins l'approuver. Mais la théorie quise rapporte aux phases de Saturne n'est en aucune façon plus claire, et elle est de plus si éloignée de toute raison et de toute vraisemblance que je ne sais pas s'il est nécessaire que je la réfute. Car qui ajoutera foi, je le demande, à cette jolie fiction de quatre globules fort proches de Saturne dont deux resplendissent dans la lumière du soleil tandis que les deux autres ne réfléchissent pas du tout ses rayons et sont par leur nature extrêmement obscurs? Il me semble voir quelque truc de prestidigitateur avec des billes blanches et noires, dont tour à tour les unes et les autres sont montrées ou cachées; c'est là l'image que cette merveilleuse hypothèse évoque. Pourquoi n'a-t-il pas au moins tracé dans sa figure4) les orbites parcourues par cette nouvelle engeance planétaire? Nous y verrions que ces circonférences n'ont pas Saturne pour centre, que la plus petite n'est pas comprise dans la plus grande mais que l'une et l'autre sont placées à des distances différentes derrière la Planète et que deux de ces satellites se meuvent dans chaque circonférence de telle manière que jamais l'un d'eux ne rattrape l'autre mais qu'ils se trouvent toujours aux deux extrémités d'un même diamètre. J'ai compris correctement, si je ne me trompe, la pensée de Fabri5); dans le cas contraire j'espère qu'on me le fera savoir, car il a fallu plus ou moins la deviner. Or comme il dit7) que dans cette hypothèse les phases 1, 4, 8 et 9 de son tableau6) s'expliquent aisément, je voudrais savoir de quelle | |
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essent, quid ii observent, qui in rerum natura non sunt. Cum autem, in periodo Lunae Saturniae computanda, menses Saturnicolarum1) nominavi, nihil novum aut insolitum Astronomis feci, quibus nihil frequentius est, quam ut in Sole aut Luna aliquem existere imaginentur, qui inde astrorum motus speculetur. Non erat itaque quod commentum hoc de Saturnicolis me ibi proposuisse Fabrius culparet. Quanquam etsi secus foret, neque primus ego hoc prodidissem, neque ridiculum adeo, apud Philosophos quidem, quam ille existimat. Verum praeter institutum ad ista non digrediar. Vocat me Fabriani Systematis contemplatio, illius nempe quo, postquam meum diruit, phaenomena circa Saturnum commodè exponi posse confidit2). Nam priora illa3), quibus Saturni ipsius motum novis legibus ordinare aggreditur, nihil huc pertinent, neque examinare ea operae pretium fuerit. Miror tamen quid in Tychonica hypothesi illi displicuerit, ut novam à fundamentis extruere in animum induceret: quam quidem vereor ut Astronomi satis percipere, nedum probare queant. At nec illa quae ad phases Saturni pertinet, ullo modo clarior est, praetereaque ab omni ratione & verisimilitudine tam longè remota, ut nesciam an refutari à me opus habeat. Cui enim imponet quaeso bellum istud commentum de quatuor globulis Saturno proximis, quorum bini lumine solis splendent, bini alii radios prorsus+ non reflectunt, sed natura sua sunt obscurissimi. Videor mihi circu|latorium quendam calculorum ludum videre, alios ibi albos, alios nigros esse, nunc hos, nunc illos ostendi abscondique vicissim. Tale quid enim prae se fert mirabilis illa hypothesis. Quidni verò circulos saltem in schemate suo4) expressit, quos nova haec Planetarum soboles obeunt? Quos circulos non Saturnum in centro habere cerneremus, nec quidem minorem à majore includi, sed post tergum Planetae binos ex ordine jacere, in quorum utroque duo istorum satellitum ita currerent, ut nunquam alter alterum assequeretur, sed è diametro semper distarent. Rectè, ni fallor, mentem Fabrii intellexi5), sin minus, admoneri cupio, fuit enim nonnihil divinandum. Quum autem, his positis, phasin 1, 4, 8, 9, tabellae suae6), facile explicari dicat7), scire velim quo pacto Planetae novi ex minimis maximi fiant. Nam in 1 & 4 Figura, diametrum ne quidem dimidiam habent medii Saturnii corporis, cum in Figura 8, & 9, vel aequales huic, vel majores etiam esse necesse sit. Deinde ipsius Eustachii observata phasis in Figura 10, quomodo ex hac hypothesi deducetur? | |
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manière les nouvelles Planètes, d'abord très petites, deviennent très grandes. En effet, dans les figures 1 et 4 elles ont des diamètres pas même égaux à la moitié de celui du corps central de Saturne, tandis que dans les figures 8 et 9 elles doivent avoir des diamètres égaux ou même supérieurs à ce diamètre. Et puis, comment pourra-t-on déduire de cette hypothèse la phase de la figure 10, observée par Eustachio lui-même? Attendu que d'abord des corps sphériques ne peuvent pas engendrer des arcs elliptiques1), et que de plus les planètes obscures doivent ici être plus petites que les planètes lumineuses, contrairement à l'hypothèse; en effet, après quelque délibération, leur égalité a été adoptée2). Je n'exigerai pas pour le moment qu'on m'indique la période des nouvelles Planètes; car il dit qu'elle n'a pas encore été trouvée3). Mais je crains qu'aucune période ne puisse exister. En effet, dans un tableau dédié à Son Excellence le Grandduc d'Étrurie, frère de Votre Altesse4), Eustachio affirme que durant trois ans, dont le premier fut 1646, la seule figure 10 dont nous venons de parler lui apparut; ce qui permet de conclure que les satellites ne doivent avoir eu en ce temps aucun mouvement observable. Mais plus tard, pendant une autre série de trois ans, savoir 1655 et les deux suivants, ils étaient si avancés dans leurs orbites que vers le milieu de cet espace Saturne fut vu rond, tandis qu'au commencement et à la fin il avait à ses côtés deux cercles séparés du corps central par un petit intervalle5). Puisse la punition de l'inventeur de ce système ridicule consister dans l'obligation de chercher à scruter les anomalies de ces mouvements. Quant à moi je n'ai aucune envie de m'occuper plus longtemps de cette théorie; mais je suis obligé de dire encore quelques mots en faveur de mon satellite à moi de Saturne. Fabri, craignant qu'il ne troublât plus ou moins son Système, l'a relégué au-dessus de Saturne, de telle façon que la circonférence entière qu'il parcourt soit située au delà de la Planète6). Mais tout-à-fait injustement car je puis garantir qu'il ne causera aucun dommage aux phases à anses par son approche, vu qu'il est si petit qu'il ne peut pas même être aperçu lorsqu'il vient dans la proximité de Saturne, et que, de plus, il passe rarement entre le disque de Saturne et nous, et cela seulement lorsque Saturne est rond7) et alors pendant l'espace d'un demi-jour. Qu'il lui permette donc de rester dans son orbite et qu'il fasse en même temps rentrer les Planètes des Médicis dans leurs routes, telles qu'elles leur ont été assignées jadis autour de Jupiter par le grand Galilée8), lesquelles Planètes il a pareillement chassées de leur lieu6) sans aucune cause indiquée par lui ou apercevable pour moi. Si je ne me trompe, j'ai maintenant, Altesse, suffisamment critiqué tout ce que Eustachio Divini, ou plutôt le P. Fabri a rassemblé contre moi, ainsi que les | |
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Cum neque rotunda corpora ellipticos arcus facere possint1), & nigri Planetae minores candidis hîc esse debeant, contra quam positum fuit: aequales enim inter se, post aliquantam deliberationem, statuuntur2): Quaenam porro sit novorum Planetarum periodus non jam exigam, nondum enim repertam esse ait3). Sed vereor ut aliqua esse possit. Nam trium quidem annorum spatio, quorum primus 1646, unam illam Figuram 10 sibi apparuisse Eustachius affirmat, in tabella quadam, Serenissimo Magno Duci Hetruriae Fratri T.C. dicata4); unde oportet nihil motos fuisse interea satellites, quod quidem animadverti posset. Postea vero aliis tribus annis, 1655 nempe, cum duobus insequentibus, in tantum progressi fuere, ut medio horum annorum rotundus Saturnus spectatus sit, extremis vero+ utrisque cum binis ad latera orbi|bus, interstitio aliquo à medio corpore disjunctis5). Utinam ridiculi Systematis inventori poena constituta sit, ut motuum istorum anomalias investigare teneatur. Piget vero me ultra in his immorari: sed tamen pauca pro meo illo Saturni comite dicere cogor. Hunc, quia videbatur aliquid in Systemate suo turbaturus, supra Saturnum Fabrius relegavit, ita nimirum ut totus quem percurrit circulus, Planetâ superior jaceat6). Sed immerito prorsus; ego enim cautionem me dabo, nihil eum ansatis illis phasibus occursu suo nociturum, cum pusillus adeo sit, ut ne quidem, cum prope ad Saturnum accedit, conspici queat: raro etiam, nec nisi cum rotundus est Saturnus7), inter discum ejus & nos transeat, idque semidiurno spatio. Sinat itaque in suaillum manere orbita, unáque Mediceos Planetas in vias suas, à Magno olim Galileo circa Jovem attributas8), restituat, quos nullam omnino ob causam, quam quidem aut ipse adducit, aut ego animadvertere possum, loco suo similiter expulit6). Jamque percensui, ni fallor, Princeps Serenissime, omnia quae adversus me Eustachius de Divinis, seu potius P. Fabrius conquisivit, quaeve ad suam hypo- | |
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fictions dont il se sert pour étayer son hypothèse. Et en réfléchissant de nouveau à toutes ces questions, je n'en trouve aucune dans laquelle les érudits ou l'expérience des temps futurs ne décideront en ma faveur. En attendant je ne me repens pas d'avoir rédigé cette courte réponse parce que, quoique je pusse sembler avoir eu raison de garder le silence vis-à-vis de ce constructeur d'instruments, cette même attitude n'aurait peut-être pas eu de succès contre mon deuxième adversaire qu'on dit jouir d'une certaine célébrité; d'autant plus que tout le monde comprend fort bien que la plupart des arguments proviennent de ce dernier et que beaucoup de gens ne considèrent pas tant quelles objections ont été faites que plutôt par qui elles ont été soulevées. En terminant je demande à Votre Altesse de ne pas m'en vouloir à cause de la liberté de mon langage dans cette dispute: qu'Elle considère que c'est à la suite d'une provocation que je suis descendu dans cette arène et que cependant je n'ai dépassé nulle part les termes d'une juste défense.
FIN. | |
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thesin stabiliendam commentus est, quae quum animo reputo, nulla sane invenio, quibus non pro me sibi eruditi responsuri fuerint, aut venturi temporis experientia. Interim pauca haec reposuisse non me poenitet, quia, licet artificem illum merito neglexisse tacendo videri poteram, non idem fortasse contra alterum, quem ferunt alicujus nominis esse adversarium, valiturum erat silentium; utique quum satis omnibus constet pleraque ab hoc fuisse suppeditata, multique, non tam quid, quam à quo sit objectum, respiciant. De caetero rogo C.T. ut, qua usus sum in disputando, libertatem boni consulat: Idque ita, si & provocatus in arenam hanc descendi, & justae defensionis terminos nusquam tamen excessi.
FINIS. |
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