Oeuvres complètes. Tome XVI. Percussion
(1929)–Christiaan Huygens[p. 179] | |
Extrait d'une Lettre de M. Hugens à l' Auteur du Iournal6).Je vous envoye, comme j'avois promis, mes propositions touchant le mouvement de percussion, c'est à dire le mouvement qui est produit par la rencontre des corps. Cette matiere a déja été examinée par plusieurs excellens hommes de ce siecle, comme Galilée7), Descartes8), le P. Fabri9), & depuis peu par M. Borelli10), desquels je ne rapporteray pas maintenant les divers sentimens: Mais je vous diray seulement que ma Theorie s'accorde parfaitement avec l'experience, & que je la crois fondée en bonne demonstration, comme j'espere de faire voir bien-tost en la donnant au public. | |
Regles du mouvement dans la rencontre des Corps.1. Quand un corps dur rencontre directement un autre corps dur, qui luy est égal & qui est en repos, il luy transporte tout son mouvement, & demeure immobile aprés la rencontre11). 2. Mais si cet autre corps égal est aussi en mouuement, & qu'il soit porté dans la mesme ligne droite; ils font un échange reciproque de leurs mouvemens12). | |
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3. Un corps, quelque petit qu'il soit, & quelque peu de vitesse qu'il ait, en rencontrant un autre plus grand qui soit en repos, luy donnera quelque mouvement1). 4. La regle generale pour determiner le mouvement qu'acquierent les corps durs par leur rencontre directe, est telle2). Soient les corps A & B,
5. La quantité du mouvement qu'ont deux corps, se peut augmenter ou diminuer par leur rencontre3); mais il y reste toûjours la mesme quantité vers le mesme costé, en soustrayant la quantité du mouvement contraire4). 6. La somme des produits faits de la grandeur de chaque corps dur, multiplié par le quarré de sa vîtesse, est toûjours la mesme devant & apres leur rencontre5). 7. Un corps dur qui est en repos, recevra plus de mouvement d'un autre corps dur plus grand ou moindre que luy, par l'interposition d'un tiers de grandeur moyenne, que s'il en estoit frappé immediatement: Et si ce corps interposé est moyen proportionnel entre les deux autres, il fera le plus d'impression sur celuy qui est en repos6). Ie considere en tout cecy des corps d'une mesme matiere, ou bien j'entends que leur grandeur soit estimée par le poids. | |
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Au reste j'ay remarqué une loy admirable de la Nature, laquelle je puis démontrer en ce qui est des corps Spheriques7), & qui semble estre generale en tous les autres tant durs que mols, soit que la rencontre soit directe ou oblique: C'est que le centre commun de gravité de deux ou de trois ou de tant qu'on voudra de corps, avance toûjours également vers le méme costé en ligne droite devant & apres leur rencontre. Vous aurez vû des regles semblables en substance à quelques-unes de celles-cy dans le dernier Iournal d'Angleterre8): ce qui m'oblige de vous dire, afin de n'estre pas soupçonné d'avoir rien emprunté d'ailleurs, que j'ay fait part de mes regles à Messieurs de la Societé Royale d'Angleterre avant l'impression de celles-là. Car ces Messieurs m'ayant prié il y a quelques semaines9) de leur communiquer ce que j'avois medité sur le sujet du mouvement, j'envoiay10) à Monsieur d'Oldembourg Secretaire de la Societé Royale d'Angleterre les quatre premieres des sept Propositions que vous avez vûes cy-dessus, avec leurs demonstrations: Aprés qu'il les eut receues, il me renvoya la Theorie de Monsieur Vvren tout à fait conforme à mes regles, qu'il m'assura avoir estè presentée à cette societé il y avoit 15 jours11), & qui a esté depuis imprimée dans le Iournal d'Angleterre. Monsieur d'Oldembourg & beaucoup d'autres de cette Compagnie pourront aussi témoigner qu'en l'année 1661 me trouvant à Londres, Messieurs Vvren & Rook me proposerent quelques cas de cette percussion des corps, dont je leur donnay sur l'heure la solution par mes principes; & je me souviens qu'elle s'accordoit parfaitement avec les experiences qu'ils en avoient faites; car pour ce qui est de la Regle, ils m'avoüerent qu'ils n'en avoient pas encore trouvé de certaine pour ces sortes de mouvemens12). Ie pourrois vous alleguer une possession encore bien plus ancienne de la connoissance de ces loix de la Nature13), si je n'apprehendois de vous donner d'autant plus de sujet de me blâmer d'avoir esté si long-temps sans les communiquer. |
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