Oeuvres complètes. Tome XVII. L'horloge à pendule 1656-1666
(1932)–Christiaan Huygens[p. 41] | |
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Aux très illustres et très puissants membres des états de la Hollande et de la Frise Occidentale ses seigneurs Christian Huygens de Zuylichem souhaite toute félicité.Il est rapporté que le premier cadran solaire qu'on ait eu à Rome fut un exemplaire provenant d'une ville sicilienne, d'où ce cadran fut emporté avec le reste du butin après la prise de cette ville dans la 477ième année depuis la fondation de la Cité. On le plaça en un endroit public à l'usage de tous. Après que le peuple romain se fut conformé durant 99 ans, n'ayant pas d'autre choix et faute de meilleures horloges du même genre, à cet instrument dont la construction n'était évidemment pas exactement adaptée à la situation géographique du Latium et qui ne présentait donc pas les lignes correspondant aux heures véritables, l'histoire dit qu' enfin le censeur Q. Marcius Philippus plaça à côté du premier un cadran mieux adapté, et que parmi les oeuvres censorielles ce cadeau fut infiniment apprécié1). Comme je | |
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Illustrissimis ac potentissimis Hollandiae et Westfrisiae Ordinibvs dominis suis Christianvs Hvgenivs à Zvlichem felicitatem omnem.Proditum est memoriae primum Romae solare horologium fuisse, quod è capto Siciliae oppido quodam, annis post urbem conditam CCCCLXXVII, cum caetera praeda deportatum sit, locoque publico dedicatum. Cui non planè ad Latij clima descripto, eoque nee lineas horis congruentes exhibenti, quum necessitate tamen & meliorum penuria undecentum annis Pop. Romanus paruisset, Censorem tandem Q. Marcium Philippum diligentius ordinatum juxta posuisse, idque munus inter censoria opera gratissimè acceptum1). Mihi, Proceres Amplissimi, rem haud absimilem | |
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suis engagé aujourd'hui, Illustres Seigneurs, dans une entreprise semblable et également utile au public, puisque j'ai corrigé, non pas en une seule ville, mais partout, lemouvementirrégulier des horloges, j'auraiscru pouvoir compter sur une gratitude générale comparable à celle que Q. Marcius éprouva de la part de ses concitoyens, si - de même que dans bien des cas les mêmes choses et les mêmes événements reviennent périodiquement1) - la candeur et l'ingénuité primitives paraissaient enfin revenir dans le monde. Mais hélas, attendu que depuis longtemps ces vertus ne sont plus la part de la majorité des hommes et qu'au contraire l'imposture et l'envie règnent largement, je pouvais facilement prévoir quel sort tomberait en partage à mon invention aussitôt que le public en aurait pris connaissance; et en effet cette prévision ne m'a pas trompé. Voyez d'abord ce qui se passe dans ce pays-ci, notre patrie: l'audace et l'impudence de quelques-uns sont allées si loin qu'ayant, sans se soucier aucunement de Votre interdit2), apporté un léger changement à l'invention qu'ils tiennent de nous, ils ont osé ensuite la vanter comme une invention toute nouvelle et meilleure que la nôtre s'il plaît aux dieux3). Or, ceux qui ont vu se passer ces choses en notre présence et devant nos yeux nous ont avertis à plusieurs reprises que dans | |
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nec minore publico bono hodie | agitanti, ut qui non in+ una modò urbe, sed omnium ubivis horologiorum instabilem motum correxerim, similem quoque ab universis gratiam expectandam censuissem atque à civibus suis Q. Marcius reportavit, si, quemadmodum res eventusque ijdem ex intervallo redire solent1), ita priscus candor & ingenuitas in terris aliquando reduces cernerentur. Verùm hae cum jam diu apud majorem hominum partem desitae sint virtutes, contraque impostura & obtrectatio latè omnia obtineant; quaenam fortuna maneret inventum nostrum, simul ac vulgò innotescere coepisset, facile equidem praevidi, neque me fefellit augurium. Ecce enim jam primum in patria hac nostra eo excessit quorundam tum audacia tum impudentia, ut nihil interdicto vestro2) deterriti, interpolare acceptum à nobis inventum; ac dein tanquam novum prorsus, nostroque etiam, si dijs placet, praestantius jactare ausi sint3). Atque haec qui coram & ante oculos nobis fieri viderunt, nihilo meliora ab exteris regionibus imminere crebro admonue- | |
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les pays étrangers un pareil danger nous menaçait. Savoir le danger qu'ailleurs aussi des hommes injustement jaloux se lèveraient et s'apprêteraient à nous ravir notre petite gloire, des hommes qui tâheraient peut-être de se persuader eux-mêmes, mais certainement de persuader le public que cette invention n'est pas due à l'ingéniosité des habitants de ce pays, mais à leur propre industrie ou à celle de quelqu' un des leurs et qu'elle a été faite longtemps auparavant. Comme de telles prétentions scandaleuses concernent toute notre nation ainsi que Vous-mêmes, Illustres Seigneurs, qui n'auriez jamais souffert que par la fraude des plagiaires la gloire de nos très célèbres inventions, celle de l'imprimerie1) et du télescope2), fût ôtée à Votre Pays Batave, j'avoue m'avoir senti très fortement stimulé à faire un effort pour conserver à notre patrie outre l'honneur des inventions nommées, encore celui de la présente invention, quelle qu'en soit d'ailleurs la valeur. Suivant donc la voie qui | |
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runt. Nempe alibi quoque exorituros, & in gloriolam hanc nostram involaturos homines iniquè invidos, qui, fortè an & sibi ipsis, certè orbi universo persuadere conentur, non haec nostratium ingenijs deberi, sed à sua suorumve alicujus industria diu ante profecta fuisse. Cujus rei indignitas cum ad gentem omnem nostram, eoque ad vos etiam, Domini Illustrissimi, spectare videretur, qui nunquam aequo animo tuleritis inventorum longè praeclarissimorum, typographiae1) inquam & telescopij2), laudem à Batavia vestra, plagiariorum fraude, averti; fateor me non le|vi stimulo impulsum fuisse, ut eidem+ hujus quoque qualiscunque reperti decus adsererem. Itaque eam quae sola ad hoc patere visa est, viam secutus, | |
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seule me semblait pouvoir conduire à ce but j'ai entrepris, moi qui en suis l'auteur, de décrire en peu de mots la composition, la construction entière du nouvel automate1), et de publier ma description dans ce très petit volume, qui cependant eût été encore plus menu si je n'avais compris devoir répondre en passant aux objections qui pourraient m'être faites par quelques lecteurs et dont l'effet serait d'ébranler le fondement même de notre artifice2). Attendu que cet ouvrage tel qu'il est ne pourrait voir la lumière sous de meilleurs auspices, je viens avec le respect que je Vous dois, le vouer à Vos noms illustres et à Votre protection: plutôt que ces quelques pages, c'est l'invention elle-même qui, à ce qu'il paraît, ne manquera pas de devenir célèbre, que je Vous dédie. Veuillez avec Votre bienveillance accoutumée accorder Votre faveur à un auteur qui s'efforce constamment de faire tendre ses études au bien public et qui ne souhaite aucune chose plus fortement que de voir plus tard Votre approbation échoir à d'autres ouvrages plus importants desamain. Je termine en exprimant le voeu que Dieu sauvegarde l'Etat que Vous gouvernez et le fasse prospérer3). | |
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rationem omnem & constructionem novi automati, autor ipse, paucis describendam & in publicum producendam suscepi1); exiguo sanè volumine, sed quod brevius etiam fuisset nisi obiter ad ea quoque respondendum duxissem quae à nonnullis objici mihi, ipsumque artificij nostri fundamentum lacessere posse, prospiciebam2). Hoc verò quicquid est operae, quum melioribus auspicijs lucem aspicere non posset, vestro Illustrissimo Nomini ac tutelae, ea qua decet veneratione, dicatum commissumque venio, neque tam pagellas hasce pauculas, quam inventum ipsum, ut videtur, non incelebre futurum, dedico consecroque. Vos pro solita benignitate vestra favete, ad publicam utilitatem, quoquo3) modo studia sua referenti, neque aliud magis in votis habenti, quam ut majoris momenti in rebus eadem posthac approbare vobis contingat. Ita Rempublicam sub imperio vestro incolumem servet, beneque fortunet Deus4). |
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