Oeuvres complètes. Tome XXI. Cosmologie
(1944)–Christiaan Huygens[p. 5] | |
Huygens à l'Académie Royale des Sciences. Astronomie. | |
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Avertissement.L'observation systématique des étoiles fixes dans le but d'établir leurs coördonnées devint possible à Paris dès qu'on put disposer des instruments nécessaires. On peut trouver un aperçu des perfectionnements créant en ces jours une ‘véritable révolution dans l'art d'observer’ e.a. dans l'article ‘Histoire de la Physique’ par Ch. Fabry publié en 1924 et faisant partie du Recueil ‘Histoire des Sciences en France’1). Nous avons déjà imprimé dans le T. XIX2) le discours (ou la note écrite) de Huygens sur la possibilité de faire des tables bien plus exactes que celles antérieurement construites des lieux des étoiles fixes ainsi que du mouvement des astres errants. La première Pièce, tirée du Registre de l'Académie, qui suit - les sept autres sont de simples renvois au T. XV et, dans deux cas, au T. XIX - date de 1666 (et en partie de 1667) comme le discours mentionné qui peut même être censé en faire partie, ce que le titre de la Pièce I fait voir. Cassini ne vint en France qu'en 1669 et l'Observatoire ne fut achevé qu'en 1672. En 1666 et dans les années suivantes on observait encore, en se servant des ‘instrumens qu'on a desia’3), dans le jardin de | |
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la Bibliothèque du Roi4). Le titre de la Pièce I rappelle aussi l'‘Observation - déjà publiée dans le T. VI5) - de l'Eclypse du Soleil du 2e Juillet 1666 faite dans la maison de Monsieur Colbert’4): elle est en effet tirée, elle aussi, des pages du Registre que nous considérons ici. Parmi ‘les instrumens qu'on a’ il convient de signaler les horloges de Huygens qu'il avait apportées de la Haye: elles furent employées dans l'observation de l'éclipse6). Les communications de Huygens de la Pièce I font partie d'un ensemble de communications et de discussions entre divers membres de l'Académie. Une publication intégrale de cet ensemble serait sans doute plus instructive. C'est l'époque dont Fabry dans l'article cité plus haut (Chap. II. Le dix-septième siècle) dit: ‘Des résultats très importants furent obtenus en astronomie ainsi que dans l'art des observations; c'est pendant cette période que fut inventé le micromètre pour les observations astronomiques - nous disons quelques mots sur ce sujet un peu plus loin7) -, que fut réalisé l'emploi des lunettes pour la mesure des angles et l'usage des horloges pour les observations astronomiques, et ce fut vraiment une oeuvre collective. En physique, les résultats furent moins importants, bien que certaines expériences sur le pendule, sur l'élasticité des gaz, sur l'écoulement des liquides aient certainement été, en partie, le résultat d'une collaboration effective entre les académiciens8). Toutefois, cette collaboration devint de moins en moins profitable’. Cette publication intégrale serait cependant déplacée dans les Oeuvres de Huygens. Comme ailleurs nous suivons une | |
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voie moyenne9). La lecture de ces pages du Registre donne en effet l'impression que c'est surtout au début que les membres s'intéressèrent généralement à l'astronomie.
La Pièce I débute par un discours d'Auzout; comme il s'agit ici d'une feuille collée dans le Registre dont la date précise est indéterminable, nous ignorons si ce discours est antérieur ou postérieur à la lecture dans l'Académie du programme de Huygens publié dans le T. XIX10) qui commence, conformément au discours d'Auzout, par l'alinéa: ‘Trouver la ligne meridiene et la hauteur du pole de Paris, qui sont les fondements de toutes autres observations astronomiques’. Ce fut Auzout11) qui ‘exposa le premier à Louis XIV l'utilité de construire un observatoire à Paris’12). Huygens, lui, était convaincu longtemps avant 1665 de la nécessité de trouver exactement la ligne méridienne et la hauteur du pole: voyez, à la p. 529 du T. XV, le début du § 5 datant probablement de 1658: ‘Stellarum omnium situs ope horologii et binorum perpendiculorum describi poterunt si poli altitudo et meridianus loci exactè cognitus fuerit’. Ce ‘§ 5’ de 1658 correspond d'ailleurs au | |
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présent ‘§ 5’ de la p. 28 - la division en §§ provient toujours de nous - sans qu'il s'agisse, bien entendu, d'une traduction littérale du latin en français. Sans parler directement du présent § 5, nous avons dit dans ce T. XV de 1925, en citant au long la ‘Regiae Scientiarum Academiae Historia’ de 1701 de du Hamel: ‘La méthode décrite dans ce paragraphe [§ 5 de 1658] fut communiquée en 1667 [le brouillon est de 1666; voyez l'Appendice II que nous citons aussi à la fin du § 2 à la p. 27 qui suit] à l'Académie des Sciences de Paris’. Déjà en 1658, un an après l'invention de l'horloge à pendule, Huygens se rendit parfaitement compte - nous l'avons dit à la p. 518 du T. XV - du fait que cette invention ‘met les astronomes à même de remplacer la mesure des hauteurs par l'observation des passages’, ce qui est le sujet traité dans l'un et l'autre § 5. Nous avons brièvement résumé le § 5 de 1658 dans le deuxième alinéa de la p. 521 du T. XV disant qu' ‘il démontre que l'observation du passage d'un astre par les deux plans AB et AC [ce sont dans la Fig. 3 de la p. 30 qui suit, les plans passant respectivement par les fils verticaux AB et CD d'une part, AB et EF de l'autre] ne donne pas seulement l'ascension droite mais encore la déclinaison de l'astre’.
N'aurait-on jamais songé à appliquer cette ingénieuse méthode à l'observatoire de Paris pendant le séjour de Huygens dans cette ville? Nous13) avons dit dans le T. XV en citant un livre de 187714) que ‘cette nouvelle méthode allait développer l'astronomie pratique d'une manière tout-à-fait imprévue dans la seconde moitié du dix-septième siècle’, puisque ... vers 1689 l'illustre astronome danois Ole Römer construisit l'instrument de passage, précurseur du cercle méridien’; que ‘l'idée de Huygens ne s'est pas réalisée tout-de-suite, que nous sachions ... ce n'est que vers 1689 [plus de 22 ans après la communication à l'Académie] que Römer construisit son instrument de passage [‘machina azimuthalis’] qui pouvait être orienté, soit dans le méridien, soit dans le plan du premier vertical’. (On voit une partie du cercle | |
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horizontal, et aussi une partie du cercle vertical, mobile autour d'un axe vertical, de cette ‘machina azimuthalis’ ou azimutal, dans la Fig. 100 de la p. 601 de notre T. XVIII). Nous aurions pu citer aussi Delambre qui dans le ‘Discours preliminaire’ de son ‘Histoire de l'astronomie moderne’ de 1821 dit en parlant de Picard et du ‘système d'Astronomie pratique, qu'il avait exposé à l'Académie dès l'an 1669’15): ‘On lui fit attendre dix ans le quart de cercle mural qu'il demandait avec des instances continuelles; il n'eut pas le plaisir de le placer lui-même dans le méridien, il était mourant [en 1682] quand enfin l'instrument fut terminé. En attendant, il avait essayé de faire tourner une lunette dans le plan du méridien. Cette idée fut réalisée par son élève Roemer, et perfectionnée par les modernes. Elle a fourni l'un des deux instrumens fondamentaux de l'Astronomie. Roemer construisit donc la première lunette méridienne’. (Cette longue lunette méridienne, mobile seulement dans le méridien, constitue un deuxième instrument de Roemer qu'il ne faut donc pas confondre avec son azimutal; il l'avait dans sa maison et la désigne par conséquent par le nom ‘machina domestica’. L'azimutal avait deux lunettes courtes tournant sur des axes courts). On peut aussi tenir compte de publications plus récentes que celles de 1821 ou 1877. D'ailleurs Delambre savait déjà fort bien que ‘les observations d'Auzout et de Roemer [amené par Picard à Paris où il séjourna de 1672 à 1681] ont été perdues. Toutes les recherches qu'on a pu faire pour les retrouver ont été vaines16).’ Voyez cependant chez Horrebow une observation conservée de Roemer de 167517). Roemer travaillait sans doute beaucoup à l'observatoire puisque d'après les ‘Comptes des Bâtiments du roi Louis XIV18) il recevait une pension et des gratifications; en 1680 il reçut 3200 livres de pension et 1000 livres de gratification ‘en considération | |
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des découvertes qu'il a faites en l'astronomie’19). Il est d'autre part certain que Roemer avait déjà pendant son séjour à Paris, plus précisément depuis 1675 environ, le dessein de construire son instrument de passage (ou ses instruments de passage) puisqu'il écrit en 1700 à Leibniz: ‘Ex magna proinde cogitationum farrajine, hac vice desumam articulum de Instrumento, cui uni aptum aedificium jam per XXV annos exoptavi, sed nunquam obtinere licuit, omni ex parte voto satisfaciens’20). C. Wolf écrit à ce propos: ‘Roemer se plaint de n'avoir pu, pendant vingt-cinq ans, trouver nulle part un emplacement tout à fait propre à l'installation de sa lunette méridienne. Il n'y avait pas en effet à l'Observatoire un endroit qui lui offrit deux murs solides ... etc.21). A Copenhague, où il était le maître, Roemer ne fut pas d'abord plus heureux etc.’ Puisque nous avons cité plus haut Delambre sur Picard et le cercle mural, nous observons encore que, d'après les papiers de Cassini (C. Wolf, p. 204), celui-ci avait fait construire dès son arrivée à l'Observatoire, de nombreux instruments, e.a. ‘deux quarts de cercle muraux, plusieurs quarts de cercle mobiles, un azimutal pourvu de deux cercles entiers, etc.’. (Voyez d'alleurs au § 1 de la Pièce I qui suit ce qu'Auzout disait déjà en 1666 ou 1667 sur la nécessité d'avoir ‘un azimuthal ioint au quart de cercle’ ou ‘un azimuthal a part avec des filets ou autrement’). Quant aux observations de Cassini, celles-ci n'ont été publiées qu'en 1900 par G. Bigourdan, astronome de l'Observatoire, sous les auspices de l'Académie des Sciences; mais il y a une lacune du 15 juin 1674 jusqu'à 1680 (C. Wolf. p. 206-208). Somme toute, on peut considérer comme nullement improbable que les travaux de Roemer exécutés à Copenhague depuis 168122) se rattachent à ses travaux, et plus généralement à des travaux, exécutés à l'Observatoire de Paris23). | |
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Il est toutefois absolument certain que la méthode de Huygens ne fut pas appliquée à Paris pendant son séjour autant qu'elle le méritait puisqu'après son départ il écrit à de la Hire: ‘Je vous recommande sur tout de faire mettre en estat le grand quart de cercle pour les hauteurs meridienes s'il ne l'est pas encore et de songer ensuite à déterminer les lieux des estoiles fixes par le moyen de ces hauteurs et des differences des ascensions droites. Comme depuis peu j'ay estudiè d'avantage en Astronomie que par le passè a l'occasion de la machine planetaire ... je reconnois aussi de plus en plus le besoin que l'Astronomie a de cette correction des lieux des estoiles qui sert de fondement a tout le reste’24). Nous croyons apercevoir que plus tard de la Hire a appliqué à Paris la méthode de Huygens25). | |
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En considérant les instruments précurseurs des instruments de passage de Roemer, on peut aussi avoir égard à ce que Huygens écrit aux p. 35 et 37, datant de 1680, du Manuscrit F: ‘La mesme lunette pourra servir et pour prendre les egales hauteurs d'estoile, estant suspendue par un fil; et dans le cercle meridien estant suspendue [à des fils] par les deux bouts ... les bouts d'en haut [de ces fils] sont attachez a deux petites avances de leton scellees dans un mur qui soit disposè nord et sud, comme les costez des fenestres meridionales et septentrionales de l'observatoire ... l'on connoi stra si la visuelle de la lunette, haussée ou baissée, demeure dans un même azimut, par le renversement de la lunette26).’ Il est permis de supposer - consultez l'Appendice IV qui suit datant de 1674 - que Roemer conversait souvent avee Huygens27) sur des sujets d'astronomie. Voyez l'Appendice V sur les pages citées de 1680 du Manuscrit F.
Une difficulté essentielle qui se présente dans la détermination précise de la hauteur d'un astre - nous le disons toujours à propos de cette méthode de Huygens - c'est la réfraction atmosphérique. À la p. 2 (non numérotée) de son ouvrage déjà cité dans la note 16 Le Monnier dit: ‘Personne n'ignore aujourd'hui quel progrès l'Astronomie fit tout d'un coup en France dès l'établissement de l'Académie: Mrs Huyghens, Picard & Auzout publièrent alors de si belles découvertes sur la maniere de perfectionner les instruments, qu'on reconnut bientôt tout le prix de leurs Observations, & quels avantages elles avoient sur celles de tous les autres Astronomes qui les avaient précédés’. Et à la p. V du Discours Préliminaire: ‘La découverte des Réfractions | |
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Astronomiques ayant été un des principaux objets des Astronomes de l'Académie dès les premières années de son établissement, M. Huygens proposa à ce sujet diverses methodes qui donnerent lieu aux observations des étoiles Septentrionales, & des hauteurs du Soleil, qui sont rapportées [ici]’. Il ne faut certes pas parler avec légèreté des connaissances des anciens, ni sur ce sujet, ni sur beaucoup d'autres. Nous savons maintenant qu'il n'est pas vrai comme le dit Cassini - qui avait construit déjà en 1662, après Tycho Brahé, une table de la réfraction atmosphérique28) - que celle-ci leur était demeurée inconnue29). Au dixseptième siècle on ignorait apparemment que Ptolémée - sur lequel Alhazen (cité à la p. 519 du T. XV) se base - avait déjà traité ce sujet dans son Optique30): il y parle, comme semble le faire Cassini encore en 169329), d'un changement de direction, d'une réfraction, du rayon de lumière droit et restant tel en un endroit précis: | |
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‘in loco contiguationis aëris ad aetherem fit flexio visibilis radii propter diversitatem istorum corporum duorum’. Nous avons parlé dans le T. XIX31) de l'idée de rayons courbés; mais même lorsqu'on admet leur existence (voyez dans la Pièce II de la p. 84 qui suit ce que Picard, après Descartes et Hooke, dira des rayons courbés dans sa ‘Mesure de la Terre’ de 1671) comment calculer, en partant de cette idée, de combien la réfraction fait varier la hauteur des étoiles? Il est fort compréhensible que ceux qui ont fait des calculs au dix-septième siècle s'en soient tenus aux rayons droits32). Voyez la Pièce V de Huygens qui suit. Or, la méthode d'observation de Huygens dont il a été question écarte la difficulté de l'erreur due à la réfraction atmosphérique - bien entendu: lorsque la hauteur du pôle est exactement connue - puisque ‘le passage d'une étoile par un plan vertical est absolument indépendant de la réfraction’33).
Il fallait donc d'abord tâcher malgré la réfraction de déterminer exactement la hauteur du pôle. Heureusement - voyez la suite du présent Avertissement - à la hauteur où le pole se trouve à Paris, la correction pour réfraction est certainement petite. Ayant ensuite déterminé d'après la méthode de Huygens la véritable hauteur d'une étoile, les astronomes de l'observatoire auraient pu (comme il le dit) en observant cette hauteur directement, calculer, en prenant la différence des deux hauteurs, de combien la réfraction fait paraître un astre plus haut qu'il n'est. | |
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Nous observons encore, au sujet du cercle méridien, que déjà dans un livre de 1634-1640 ‘Astronomia jam a fundamentis integre et exacte restituta’34) l'auteur, J.B. Morin, parlant ‘de accuratissima tabularum astronomicarum restitutione in universum’35) exhorte le ‘Principem’ qui ‘velit deinceps ipsam tabularum constructionem aggredi’ à ériger sur le ‘Mons Valerianus prope Parisios’ une ‘quadratam formam lapidibus quadris’ où il y ait une ‘linea meridiana accuratissimè sumpta’ et au-dessus de cette ligne un ‘quadrans cupreus’ avec une ‘alhidada’ - en cet endroit il n'est pas encore question de lunette36) -, disant: ‘nulla est altera via cum hac, facilitate, certitudine & praecisione comparanda quandoquidem Keplerus etiam conqueritur de obseruationibus astrorum per distantias sumptas cum sextantibus vel octantibus, quae tamen praecipuis huius saeculi astronomis, frequentissimè in usu fuere, ob nondum benè animaduersam Meridiani circuli excellentiam [nous soulignons]’. Nous avons mentionné à la p. 255 du T. XIX le quart de cercle qu'on possédait à Paris déjà en 1666 auquel sut adapté plus tard une lunette37).
Hauteur du pôle. Nous avons dit dans la note 4 de la p. 266 du T. XIX que Huygens prend en 1667 48o53′ pour la hauteur du pôle à Paris38), tandis que Cassini en 1681 prend correctement 48o50′39). Toutefois Cassini n'est pas bien certain de cette | |
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valeur. Son article de 1693: ‘S'il est arrivé du changement dans la hauteur du Pole, ou dans le cours du Soleil?’40) fait voir qu'il observa cette hauteur tant à Rome, qu'à Paris, à Uranibourg et ailleurs; p. 251: ‘A Paris on a aussi remarqué [comme ailleurs] en peu de tems une variation sensible dans la hauteur du Pole .. etc.’ Il s'agit de variations de plus d'une demi-minute. Cassini a l'habitude d'ôter précisément ‘une minute à cause de la réfraction’41). Pierre Petit dans sa dissertation sur la hauteur du pôle à Paris, qui suit l'ouvrage en dialogues de 1660 de J.B. Duhamel ‘Astronomia physica, seu de luce, naturâ et motibus corporum coelestium, libri duo’ prenait 48o52′ pour la latitude de Paris42).
Au § 1 Auzout dit qu'il faut se servir d'‘instruments bien justes’. Nous avons cité à la p. 114 du T. XV son ‘Traité du micromètre etc.’ de 1667, où il est question d'un micromètre à vis. Consultez les p. 50-53 et 191 du même Tome, ainsi que la note 3 de la p. 59 du T. VI (citation de l'‘Histoire de l'Académie Royale des Scien- | |
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ces’), sur les dispositifs micrométriques antérieurs de Huygens, dont d'ailleurs il parle aussi à la p. 92 qui suit en traitant de son niveau de 1679-168043). Il mérite d'être remarqué que Huygens n'a jamais reconnu que pour mesurer les diamètres apparents des planètes les ‘lamellae’ employés par lui seraient inférieures aux micromètres à fils (et à vis)44). Voyez encore sur ces mesures de Huygens la p. 670 qui suit.
À la fin du § 445), où il est question de la mesure de l'ascension droite des étoiles, Huygens fait remarquer que ces observations servent en même temps à déterminer l'obliquité de l'écliptique. C'est là aussi une des constantes, ou plutôt une des grandeurs, fondamentales, dont il était question dans le programme général de Huygens à l'Académie. En 168846) Huygens écrira: ‘L'obliquitè de l'Ecliptique determinee a l'Academie des Sciences a Paris, est de 23o29′’.
Au § 13 Auzout fait mention de ‘la machine pour se seruir des Lunetes sans tuiau’, ce qui fait voir que de parcilles lunettes existaient en 1666. D'après Delambre c'est lui qui aurait eu le premier, dès 166347), l'idée de supprimer le tuyau des lunettes. Auzout parle e.a. de ‘la maniere de se passer de Tuyau’ dans sa lettre à Oldenbourg du 22 août 166548); mais son ‘Traité de l'Utilité des grandes Lunettes, & de la maniere de s'en servir sans Tuyau’ qu'il mentionne ailleurs, n'a jamais vu le jour. Ce que Delambre n'a pas su c'est que Huygens écrivit en septembre 166249) à son frère Lodewijk se trouvant alors à Paris que, ne trouvant pas le moyen de construire, comme en Angleterre, des tuyaux droits et sermes, on pourrait ‘oster les 3 costez du tuyau, en laissant seulement celuy d'en bas, etc.’, ce que Lodewijk communiqua en ce même mois à P. Petit50); or, Petit faisait des observations astronomiques avec Bouillau, | |
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Auzout et Frenicle51) de sorte qu'il semble probable que ce soit lui qui ait communiqué cette idée de Huygens à Auzout52). Se trouvant lui-même à Paris en novembre 1663 Huygens écrivit à Moray53): ‘Ce que j'ay a vous dire touchant les lunettes d'approche que les curieux d'icy fabriquent, c'est que dernierement nous fismes l'essay d'une de 35 pieds sans aucun tuyau, qui reussit admirablement bien. La façon de dresser le verre objectif est de Monsieur Auzout, et consiste en ce que ... etc.’ En janvier 1666 Constantyn Huygens père mentionne lui aussi les ‘grands Telescopes sans tuijau de Monsieur Auzout’54).
Voyez encore sur Huygens et Auzout la note 5 de la p. 26 qui suit.
À la p. 14 qui précède nous avons cité Le Monnier, parlant généralement dans son ouvrage historique de 1741 des mérites de Huygens astronome dans les premières années de l'Académie. Sur l'Observatoire et les instruments qui s'y trouvaient on peut aussi consulter l'ouvrage déjà plusieurs fois cité de C. Wolf ‘Histoire de l'Observatoire de Paris de sa fondation à 1793’55), où toutefois Huygens est à peine mentionné56). C'est ainsi qu'à la p. 20 Wolf écrit à tort: ‘C'est à la même époque [1668] qu'il [c.à.d. Picard] a l'idée de faire servir l'heure du passage des astres au méridien à la détermination des ascensions droites’57). Ce dont on ne peut guère faire un grief | |
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à Wolf - voyez la note 59 - c'est d'avoir également attribué à Picard58) le discours anonyme de 1666 des Registres (§ 11 de la Pièce I) dont nous avons fait voir dans le T. XIX59) qu'il est en réalité, lui aussi, de Huygens.
Nous ne parlons pas ici - voyez la suite du Tome - des considérations astronomiques de Huygens de 1680 et des années suivantes lorsqu'il s'occupa de la construction de son planétaire. |
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