dément autre que lorsqu'il s'exprime en hollandais ou en flamand4). Il y a aussi en lui plusieurs hommes dans un deuxième sens: il se sent à l'aise tant à la Cour, au Conseil d'État et dans les salons qu'à l'église5) ou dans une compagnie de savants et d'artistes, ou encore dans les camps militaires
et parmi le menu peuple dont il reproduit volontiers les propos.
Haïssant l'oisiveté, se levant tôt et ne se couchant qu'avec regret, Constantyn composait constamment dans les moments perdus, même à cheval - à moins qu'il ne songeât à quelque composition musicale - de petits poèmes (boutades, épigrammes etc.) tant en latin qu'en néerlandais4). Cette vivacité d'esprit nous semble plutôt - car les caractères diffèrent suivant les provinces - méridionale que septentrionale
En 1666 Constantyn écrit à Amalia de Solms, princesse d'Orange, veuve du stadhouder Frederik Hendrik, alors que cette princesse sembla momentanément vouloir lui retirer ses faveurs: ‘Il est vray que nous ne sommes pas nobles d'Hollande, mais dans la province d'où nous venons [le Brabant] nous avons à dire des choses dont plusieurs d'Hollande n'oseroyent se vanter, je dis du costé de pere et de mere’6). Il parle assez longuement de ses ancêtres dans une pièce publiée en 1897 par J.A. Worp7) sous le titre ‘Fragment eener autobiographie van Const. Huygens’. Son père, Christiaen le Vieux ou l'Ancien8), naquit en 1551 à Terheyden près de Breda; il était fils de Cornelis Huygens9). Ce fut en 1592 que Christiaen épousa
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Susanna Hoefnagel; la famille Hoefnagel qui avait embrassé le protestantisme, était riche et distinguée10). Il avait fait des études de droit à Douai11) et ce fut à Bruxelles que Guillaume d'Orange se l'adjoignit comme secrétaire12). Constantyn mentionne e.a. les ancêtres Bax9); il conclut en disant: ‘uti quidem Baxiorum prosapiam facile sit inde a longiori serie legitime deducere, si quid hoc ad rem faciat nec satis universo constet, quam inter Brabantiae praecipuos habita viros praeclaro genere dignos, apud
Principem autem et in familia praesertim Nassovica gratiosos aliquot abhinc seculis ediderit’.
Nombreux sont les parents de Christiaan - né à la Haye le 14 avril 162913) - dont on trouve les noms dans nos tomes. Nous ne croyons pas devoir les énumérer14). Du côté paternel il avait un oncle Maurits, et deux tantes, Geertruid et Constantia, respectivement épouses de Philips Doublet et de David le Leu de Wilhem. Du côté maternel - sa mère, née Suzanna van Baerle15), avait épousé Constantyn en 1627 et décéda en 163716) - il avait e.a. l'oncle David et les tantes Ida et Sara, respectivement épouses d'Arent et de Philips van Dorp. Nous ne mentionnons pas ici leurs enfants ni ceux des frères de Christiaan, Constantyn et Lodewijk, ou ceux de sa soeur Susanne, épouse d'un
autre Philips Doublet17), fils du premier. Les cousins et cousines,
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neveux et nièces abondaient. Dans la maison du Plein18), après le décès de la femme de Constantyn, la cousine Catharina Suerius19) faisait le ménage. Or, parmi ces parents beaucoup étaient fortunés et avaient des charges importantes. Il ne faut pas toutefois se faire une idée exagérée de l'influence du père Constantyn20). De 1653 jusqu'à l'année de sa mort, 1672, ce fut le grandpensionnaire de Hollande, Johan de Witt, chef du parti des régents, qui tenait, non pas officiellement mais de fait, les rênes du gouvernement. |
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1)
- Le père Constantyn a encore aujourd'hui un grand nombre de descendants, mais qui proviennent tous de sa fille (on peut consulter Th. Jorissen ‘Constantijn Huygens, studiën’ I, 1871). La postérité de ses fils s'est bientôt éteinte. Il est vrai que sur un des fils de Lodewijk, nommé Adriaan, l'article de Wildeman, cité dans la note suivante, ne donne aucune autre notice que le jour de sa naissance: 18 août 1682; mais il est noté dans les archives communales de la Haye que le corps d'un enfant de Lodewijk fut enterré dans le caveau de famille à la Haye (Jacobskerk) quelques semaines plus tard; et ce ne fut pas celui de la soeur aînée Susanna Christina qui ne vécut que 36 heures (T. VIII, p. 108).
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2)
- Si l'on ne veut pas consulter les oeuvres de Const. Huygens lui-même, il suffira de jeter les yeux sur les articles ‘C. Huygens, s'Gravenhage’ et ‘Huygens en de Residentie’ dans le ‘Haagsch Jaarboekje’ de 1897 (réd. A.J. Servaas van Rooyen, la Haye, Mouton & Co). Cet annuaire est voué pour la plus grande partie à la famille Huygens. On y trouve e.a. un article de M.G. Wildeman intitulé ‘Iets over het geslacht Huygens’.
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3)
- D'après le résumé de Worp, Bruno écrit à Constantijn à propos de cette comédie (1658): ‘Eene Brabantsche vrouw, getrouwd met een advokaat hier, is vol bewondering over het nauwkeurige weergeven van het Antwerpsche dialect’ (une femme du Brabant, mariée à un avocat d'ici, est remplie d'admiration pour la reproduction exacte du dialecte d'Anvers). Corresp. de Const. Huygens, éd. Worp. No. 5569.
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4)
- On ne parlait guère en ce temps d'une ‘langue hollandaise’. En latin la langue néerlandaise s'appelait ‘lingua belgica’. Le mot ‘flamand’ était aussi au dix-septième siècle d'un usage général. Chez nous, lorsqu'on ne voulait pas dire ‘flamand’ ni désigner spécialement le dialecte d'une ville ou province, on disait communément ‘duits’: voyez dans le présent Tome (outre la note 24 de la p. 408 où van Schooten mentionne les ‘duitsche lessen’ à l'Université de Leiden) le testament de Christiaan où il parle de ses ‘Memorien’ sur la taille des lentilles rédigés en ‘duits’. Mais l'adjectif ‘Nederlandsch’ existait aussi et pouvait s'appliquer à la langue. Aujourd'hui ce dernier adjectif commence à prévaloir tant en Belgique qu'à l'étranger en général, de même que chez nous. Dans son célèbre ‘Etymologicum Teutonicae linguae sive Dictionarium teutonico-latinum’, publié pour la première fois à Anvers en 1574, Corneîis Kilianus a déjà: ‘Nederlandsche spraecke. Lingua Belgica, Teutonica, inferior Germanica’.
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5)
- Voyez sur ses rapports avec l'église protestante nationale la p. 5 qui précède ainsi que la p. 661 du T. XXI.
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4)
- On ne parlait guère en ce temps d'une ‘langue hollandaise’. En latin la langue néerlandaise s'appelait ‘lingua belgica’. Le mot ‘flamand’ était aussi au dix-septième siècle d'un usage général. Chez nous, lorsqu'on ne voulait pas dire ‘flamand’ ni désigner spécialement le dialecte d'une ville ou province, on disait communément ‘duits’: voyez dans le présent Tome (outre la note 24 de la p. 408 où van Schooten mentionne les ‘duitsche lessen’ à l'Université de Leiden) le testament de Christiaan où il parle de ses ‘Memorien’ sur la taille des lentilles rédigés en ‘duits’. Mais l'adjectif ‘Nederlandsch’ existait aussi et pouvait s'appliquer à la langue. Aujourd'hui ce dernier adjectif commence à prévaloir tant en Belgique qu'à l'étranger en général, de même que chez nous. Dans son célèbre ‘Etymologicum Teutonicae linguae sive Dictionarium teutonico-latinum’, publié pour la première fois à Anvers en 1574, Corneîis Kilianus a déjà: ‘Nederlandsche spraecke. Lingua Belgica, Teutonica, inferior Germanica’.
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6)
- Correspondance éd. Worp, No. 6592.
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7)
- Dans les ‘Bijdragen en mededeelingen van het Historisch Genootschap te Utrecht’.
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8)
- Déjà mentionné à la p. 552 du T. II.
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9)
- Cornelis Huygens, mort en 1550 ou 1551, avait épousé Geertrui Bax. Son grand-père s'appelait également Cornelis H.; son père Laurens H. avait pour femme une dame van de Strate ou van der Straeten. De ce grand-père et de ce père nous ne connaissons que les noms. Cornelis H. - qui, paraît-il, vivait en simple particulier - a eu cinq enfants. Voyez encore sur quelques Huygens brabançons les Additions et Corrections à la fin du présent Tome.
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10)
- Susanna H. était fille de Jacob Hoefnagel et d'Elisabeth Vezeler, tous deux anversois, qui eurent en tout douze enfants dont sept se marièrent. On peut consulter sur la famille Hoefnagel le T. IX (1886-87) de la ‘Biographie nationale publiée par l'Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique’.
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11)
- A l'université fondée en 1562 par Philippe II d'Espagne. - Nous observons en passant que son fils Constantyn étudia le droit - une seule année - à l'Université de Leiden, se contentant du titre de licentiatus; on peut consulter J. van der Vliet ‘De promotie van C. Huygens’, Oud-Holland XIV de 1896.
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12)
- Le prince avait en tout quatre secrétaires.
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9)
- Cornelis Huygens, mort en 1550 ou 1551, avait épousé Geertrui Bax. Son grand-père s'appelait également Cornelis H.; son père Laurens H. avait pour femme une dame van de Strate ou van der Straeten. De ce grand-père et de ce père nous ne connaissons que les noms. Cornelis H. - qui, paraît-il, vivait en simple particulier - a eu cinq enfants. Voyez encore sur quelques Huygens brabançons les Additions et Corrections à la fin du présent Tome.
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13)
- Consultez sur la maison de naissance la p. 505 du T. IV.
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14)
- On peut consulter les généalogies des familles van Dorp, Doublet, van Baerle, de Vogelaer, Hoefnagel et Huygens par J.H.W. Unger dans son édition du ‘Dagboek van Constantyn Huygens’, Ringer, Amsterdam, 1884/85.
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15)
- Fille de Jan van Baerle et de Jacomina Hoon qui eurent en tout quatre fils et six filles. On peut consulter sur Susanna van Baerle (et en général sur les Huygens et leurs parents) le ‘Nieuw Nederlandsch Biografisch Woordenboek’, Leiden, A.W. Sijthoff. 1911-1937.
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16)
- Le contrat du mariage, ainsi que le testament des deux époux - avec plusieurs autres Pièces du même genre - ont été publiés par A.D. Schinkel en 1851 dans ses ‘Nadere byzonderheden betrekkelijk Constantyn Huygens en zijne familie etc.’ En 1693 (T.X. p. 402) Christiaan dit de sa mère ‘qu'elle avoit beaucoup d'inclination aux sciences’; mais elle décéda lorsqu'il n'avait que huit ans.
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17)
- Déjà mentionné à la p. 4 qui précède.
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18)
- Voyez les gravures de cette maison à la fin de notre T. IV. On peut consulter dans le ‘Haagsch Jaarboekje’ de 1897 l'article de Servaas van Rooyen: ‘Het huis van Huygens op het Plein’.
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20)
- Le lecteur français pourra consulter E. Michel ‘Constantin Huygens, un homme d'état hollandais au dix-septième siècle’ dans la Revue des deux Mondes du 1er juin 1893, et aussi ses ‘Mémoires’ publiés par Th. Jorissen en 1873, qui embrassent une période de trente-cinq années (comparez la note 24 de la p. 408 qui suit).
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